Francophonie 2016 : Madagascar est-il prêt ?

16e Sommet de la Francophonie à Madagascar

Les attentats de Paris et celui de Bamako ou de Tunis changent-ils la donne ? La France est une cible majeure des islamistes extrémistes toujours à la recherche du plus fort impact dans leurs actes terroristes. Michaëlle Jean, secrétaire générale de la Francophonie, a annulé sa présence attendue et annoncée du 21 au 24 novembre dans la capitale malienne pour  « la célébration par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) du 10e anniversaire de l’adoption et la mise en œuvre de la Convention sur la protection et la promotion des expressions de la Diversité culturelle à l’Unesco ». Face à ces nouvelles menaces, Madagascar est-il prêt pour accueillir le 16e sommet de la Francophonie en 2016 ?

L’attentat de l’Hôtel Radisson et la Francophonie.

Il ne faut pas faire d’amalgames faciles et hasardeux. D’autant plus que cet attentat est revendiqué par un groupe terroriste islamiste du Sahel qui n’a pas fait allégeance à Daech. Cependant, nous notons que ce triste évènement s’est déroulé la veille d’une manifestation importante qui devrait être organisé par l’ OIF à Bamako. La Secrétaire Générale était attendue. Parmi les victimes dans l’hôtel, un des experts francophones officiel de l’organisation, Geoffrey Alain Dieudonné, fonctionnaire au parlement de la Fédération Belge.

La France et ses troupes militaires au Mali, en action contre des forces extrémistes qui camouflent leurs exactions derrière une lecture singulière du Coran, est visée. La Francophonie, c’est un des atouts d’identité de la France et une émanation forte de ses réseaux d’influence. Pourquoi de ne pas penser qu’un tel symbol ne devienne pas une cible forte ?

Les sommets de la Francophonie en chiffres.

Du 15 au 20 novembre 2016, Hery Rajaonarimampianina présidera le 16e sommet de la Francophonie, #TANA2016. L’OIF, c’est 80 États et gouvernements, soit 57 membres et 23 observateurs. L’ensemble des chefs d’États et de gouvernements de ces pays sont invités à participer à ce sommet. Français Hollande, en tant que président de la France, est incontournable pour cette manifestation.

Lors du sommet de Montreux en 2010, c’est 70 représentants, 3000 invités et 600 journalistes qui étaient présent. Le budget était de 30 millions de Francs Suisse (28 millions d’Euros environ) : 10 millions de Francs Suisse pour la sécurité, dont 7 millions pour les forces de police et 3 millions pour le renfort de l’armée. 2400 hommes dont 600 soldats de métier en arme. 2400 chambres d’hôtels ont été réservées pour 12 à 15 000 nuitées en tout.

Pour Dakar en 2014, 70 chefs d’états et de gouvernement étaient attendus. 35 étaient présent à la cérémonie d’ouverture. 5000 participants, 1200 membres de délégation, 12 hôtels réquisitionnés, 400 véhicules mobilisés, 750 journalistes ; 1500 hommes pour la sécurité dont une centaine d’agents des services secrets français. Le budget était de 79 millions d’Euros environ.

Bien attendu, le financement est assuré par l’ensemble des pays membres.

Le 16e sommet : Madagascar sous haute pression.

Si l’on suit cette progression dans les chiffres, Antananarivo devrait accueillir au moins autant de beau monde que le précédent Sommet de Dakar. Mais en ces temps de guerre contre l’organisation État Islamique et les extrémistes djihadistes, est-on capable d’assurer la sécurité d’un tel évènement ?

L’état major malgache est avare de chiffre et pas très partisan de la transparence – oubliant sans doute qu’il est payé par le peuple pour le peuple (en principe) – mais les infos les plus courantes pour le nombre de forces d’ordre parlent d’environ 13 500 hommes dans l’armée et 8 100 dans la gendarmerie. En mars 2015, lors d’une conférence à l’académie militaire d’Antsirabe le général Beni Xavier Rasolofonirina, chef d’État-major général de l’armée malgache (CEMGAM), faisait le triste constat : « la sécurité et la défense sont à l’image de la situation socio-économique du pays ». Ont été évoqué lors de ces débats « l’amateurisme du renseignement » (citation), une marine quasi inexistante pour une île avec 4 800 kilomètres de côtes et la fragilité de la défense nationale face aux menaces dites transversales : réseaux criminels et terroristes, le trafic d’armes, l’immigration clandestine, l’extrémisme religieux, la cybercriminalité et les pandémies.

Sans mauvais esprit, rappelons que des bateaux-cargos chargent, depuis quelques années, des containers de bois de rose aux yeux de tous en toute impunité. Comment pourrais-t-on penser que nous aurions les moyens d’empêcher la venue de quelques terroristes ?

Plus concrètement, en tant que citoyen, nous sommes tous confrontés à l’insécurité grandissante, avec de nombreux cas de témoignages dans lesquels des éléments des forces de l’ordre seraient impliqués. La corruption gangrène l’état, avec en tête de fil des institutions montrées du doigt : les forces de l’ordre (police comprise) et la justice.  Aller porter plainte à la police ne sert qu’à obtenir des papiers. Les enquêtes sont sommaires ou inexistantes, généralement sans suite.

Bref, le portrait des forces de l’ordre à Madagascar n’est pas des plus valorisant. Peu de matériel, peu d’expérience, peu de moyen. Une armée divisée parce que politique. Les mauvaises langues n’hésitent à signaler que leurs seuls grands faits d’arme est d’avoir tiré sur des civiles désarmés (1991 et 2009) ; que, même pour aller débusquer des dahalos (voleurs de bétail) armés de quelques fusils de chasse, ils n’arrivent pas faire front et à rétablir l’autorité de l’état.

Dans ce cas, que peuvent-il faire pour garantir la sécurité d’un évènement comme ce 16e Sommet ? Sont-ils préparés, équipés pour faire face à des terroristes aguerris qui font reculer les meilleurs armées du monde ? Quand il suffit de distribuer un peu d’argent pour se faire ouvrir toutes les portes, que Daech fait pleuvoir des pluies de dollar chaque jour pour financer son ambition, ce sommet n’est-il pas une cible facile pour un impact colossal en cas d’attentat réussi ? « Un maximum d’efficacité pour un minimum de difficultés » peuvent se dire les stratèges de la terreur de l’État Islamique.

Devrions-nous rajouter à ce tableau alarmiste, le triste état de la santé publique ? Dans quels hôpitaux emmenés, en urgence, plusieurs dizaines de victimes d’un attentat (hypothèse) avec des médecins qui préféreront amputer plutôt que d’enlever une balle, parce que cela rapporte plus d’argent ?

Ce 16e Sommet de la Francophonie à Madagascar est une chance. Nous ne devons pas passer à côté d’une telle vitrine qui nous permettra, s’il est réussi, de relancer le pays dans le concert des nations. Il y a bien quelques nationalistes à la vue bien courte qui pensent qu’il devrait être annulé, ciblant la France comme unique motif. Ce train-là condamnerait Madagascar à l’isolement. Le pays ne peut pas se le permettre sauf à s’enfoncer encore plus.

Cependant, il semble nécessaire à un an de cette belle manifestation de se poser les bonnes questions. Oui, le sommet arrive à grands pas et titille déjà l’avidité de beaucoup compte tenu des budgets. Mais rien de concret n’est fait. Les infrastructures prévues sont toujours en discussion mais, pas un coup de pelle n’a encore été lancé. Quelle image veut-on donner de notre pays quand tous les projecteurs seront braqués sur nous ? Celle d’un pays digne et fier, celle d’un Madagascar sale, sans sécurité et corrompu… ou pire, laisser le souvenir d’un attentat d’envergure internationale avec ces dizaines de morts, qui viendrait se rajouter aux déjà pénibles souvenirs que nous envoyons au monde depuis quelques années ?

 

 

 

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