L’hôtel des Thermes à Antsirabe : Shinning au pays des babas cools.

Le titre peut paraître moqueur, mais il n’en ai rien. Il souligne le sentiment ambigu qui règne dans ce vaisseau spatial d’un autre temps. Une architecture dite coloniale. De longs couloirs infinis, une multitude de portes ; un hall monumental et une déco entre Orange Mécanique et le facteur Hulot de Jacques Tatie. Le grand parc avec ses hauts arbres, bien sûr… Tout cela semble désuet. Dans ce Titanic renaissant de ses cendres, on attend à chaque détour, une vieille actrice des années folles surgissant sur-grimé, telle une cougar enfumée, et se fondre dans le noir sans que vous comprendriez pourquoi.

 

Ici, tout est vieux, même l’âge.

On lui doit le respect à ce vieux fauve. Son souffle court moutonne l’air froid de la ville thermal. Du haut de sa colline, il pose un air bien veillant sur les anciens bains qui faisaient d’Antsirabe la Vichy malgache : eaux chaudes aux propriétés millénaires, eaux minérales d’une richesse peu commune, du grand frais sculpté de coups de soleil flagellant le ciel bleu. Gare ferroviaire qui regrette ces flux de passagers, belle avenue dégagée, villas cossues… Il ne manque que le bruit d’un grand bal, les belles autos rutilantes qui défilent déposées leurs hôtes, un fond de guinguette… l’étrange promiscuité des inconnus en cure de soin qui flirtent avec un luxe princier. Le rêve pousserait à meubler le tableau d’un vieil opéra baroque pour faire écho à un casino boursouflé, et nous serions dans le plus somptueux des comptes fantastiques tropicaux.
Mais qui est cette bonne âme inspirée qui a voulu reconstituer au bout du monde, le fantasme d’une grande ville de cure française du temps où la TSF n’existait pas, et où ces dernières préfiguraient les vacances bourgeoises que les fortunés seuls s’octroyaient pour se distraire.

C’est un certain Rosaa, missionnaire norvégien, qui est considéré comme le visionnaire urbaniste de la ville d’eaux. Les travaux de l’hôtel des Thermes commencent en 1897, sous l’impulsion de Galliéni, alors que la dernière reine de Madagascar, Ranavalona III était exilée à Alger. En 1903, Antsirabe devient chef lieu de la région Vakinankaratra. En 1917, la ville inaugurait l’établissement thermal. En 1922, peu de temps avant la gare, l’hôtel des Thermes est ouvert. Il se rendra tristement célèbre en 1953, en accueillant l’exil du roi du Maroc Mohamed V.

On a peu d’information sur ces débuts. Nulle doute qu’on en parla beaucoup lors de l’Exposition Coloniale de Marseille entre avril et novembre 1922. Pensée pendant la Belle Époque, l’architecture en garde la prétention et le faste. De l’intérieur dont les finitions eurent lieu après-guerre, on ne trouve plus de traces. L’hôtel a été entièrement rénové vers 1970 (probablement). On y trouve l’empreinte de la culture néo moderniste baba cool. Entre Vasarely et et certaines scènes d’Hybernatus de Louis de Funès. Ce look peace and love mode futuriste, limite Azimov, qui a fait le caractère pompeux de nombreux lieu publique et autres palais des congrès entre 1960 et 1980.

Un étrange sentiment d’ambiguïté.

Ce kaléidoscope extravagant donne un sentiment ambigu face l’établissement. Entre fascination et déception. L’émotion d’un Titanic rafistolé avec mauvais goût. L’excellence entre toiles d’araignée et gadget d’apparat. Les dernières tentatives « d’amélioration » ont fini d’achever le divin. Des boiseries surannées, des salles de bains peintes en jaune, et un peu de rafia pour faire « malgache », néons et même un mythique téléphone à cadran sur la petite table qui fait office de bureau… L’art de faire pire en voulant faire bien… Mais sublime endroit tout de même.

Depuis de nombreuses années, beaucoup d’entrepreneurs rêves de reprendre l’établissement et d’en faire ce qu’il devrait être : un monument de l’hôtellerie à Madagascar. Un temple du luxe. La Sofitrans, société d’état, confisque ce chef d’œuvre et n’a ni les moyens, ni le savoir-faire pour rendre à l’Hôtel des Thermes le lustre qu’il mériterait. On s’approche plutôt d’un ancien hôtel de luxe façon soviétique, sombre, froid et à l’âme assoupie. Le côté positif de la chose est que le lieu n’a pas encore été massacré par un promoteur prétentieux qui l’aurait rénové façon mode du moment, avec son lot de mobilier pseudo-contemporain importé de Bali. Ce design chic-bon-marché qui épate le parvenu tel de la poudre aux yeux, mais rend les hôtels impersonnels, et avec un look similaire aux quatre coins de la terre.

Des prix corrects et des efforts certains.

Le bon point de la gestion Sofitans est des prix tout à fait accessibles : des chambres club à partir de 88 000 Ar (moins de 40 Euros) ; un restaurant gastronomique avec un menu à moins de 25 000 Ar (10 euros environ). Un parc de 4 hectares et une piscine au bord de laquelle il fait bon prendre son petit-déjeuner les jours de beau temps. Magasin Duty Free, mini golf, terrain de tennis, salle fitness et massage… Tout est fait pour vous rendre le séjour agréable, la gentillesse du personnel en prime.

On regrettera : le wifi catastrophique, pour ne pas dire inexistant dans les chambres (uniquement correct dans le hall d’entrée) ; la vielle télé à petit écran et son choix misérable de chaînes TV pour un tel établissement ; le mini bar : un frigo posé au milieu de la chambre qu’il faut penser à brancher pour bénéficier des 3 boissons à l’intérieur. Un effort à faire côté gastronomique : malgré la bonne volonté des sympathiques serveurs et des prix cools, une qualité gustative tout à fait moyenne.

Donc, faut y aller. Aller à Antsirabe sans passer au moins une nuit à L’hôtel des Thermes, c’est passer à côté du monument le plus important de la ville et se priver d’un moment d’histoire. N’ayez pas peur de son côté imposant : les prix sont tranquilles. Pour un tarif équivalent, vous n’aurez pas l’excellence du lieu et la qualité hôtelière ne sera pas meilleure. En outre, son emplacement parfaitement central est idéal pour flâner dans les avenues de la ville. Allez-y, profitez du lieu, rêvez aux anciens fastes et détendez-vous au rythme de ce bâtiment centenaire. À éviter les jours de fête : les bruits des sonos installées à la gare s’entendent dans les chambres… sauf si vous avez l’esprit festif bien sûr. Et malgré, ces quelques imperfections, ils restent de ces hôtels qui grandissent les gens. Ces grands établissements qui, quand on est client, donne l’impression d’être un privilégié faisant partie des grands de ce monde.

 

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