Mandela, biographie : le prix noble d’un destin pour la paix

L’Afrique du Sud et le monde est suspendu depuis un mois au souffle d’un grand homme, vainqueur de l’apartheid, premier président noir en Afrique du Sud, et prix Nobel de la paix avec l’ex président Frederik De Klerk, Nelson Rolihlahla Mandela est très gravement atteint d’une infection pulmonaire très probablement contractée durant son long séjour en prison. Cette bio est un retour sur ses 95 ans d’une vie exceptionnelle qui forge les légendes, le respect, et qui font de lui peut être la dernière icône du vingtième siècle.

De la brousse au rayonnement international.

Quel parcours et quel courage ! C’est qu’il en fallu de la volonté pour s’offrir une telle vie. La chance n’a pas toujours été de son côté. Et qui aurait pensé que ce bambin né à Mvezo en juillet 1918, au fin fond de la brousse Sud-Africaine, allait émanciper une nation et ouvrir les yeux du monde.

Son arrière-grand-père paternel était roi du Thembu. Son grand-père est l’un des fils du roi mais, inéligible à la succession du trône, il portera le nom de Mandela. Son père est le chef du village de Mvezo. Mais faut-il y voir le vent du destin, il est déchu de ces fonctions par l’administration coloniale et exilé à Qunu. Il reste influent, et joue un rôle important dans l’accession au trône Thembu du nouveau régent. Ce dernier adoptera Nelson Mandela à la mort de son père. Son père avait quatre femmes. Rolihlahla, qui signifie « enlever une branche d’un arbre » ou, plus familièrement, « fauteur de troubles », est né de la troisième, et, d’une famille de treize enfants. Premier enfant de la famille à aller à l’école, c’est son institutrice qui lui donnera le nom de Nelson.

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À 19 ans, il poursuit ces études à Fort Beaufort. Il y pratique la boxe et la course à pied. Diplômé, il rejoint la seule université qui accepte les noirs à l’époque : l’Université de Fort Hare. Il y commence des études de droits et  découvre le nationalisme afrikaner. Pas convaincu par le parti communiste, il est impressionné par la résistance non violente prodiguée par Gandhi en Afrique du Sud, qui deviendra d’une inspiration capitale pour le lutte anti-apartheid, l’oppression et le colonialisme.

Durant la seconde guerre mondiale, il prend position pour le Royaume-Uni, contre l’Allemagne nazie. C’est en discutant avec des camarades hostiles à son soutien au vice premier ministre, et surtout, aux Sud Africains blancs, qu’il découvre l’ANC. Peu de temps après avoir été renvoyé de l’Université parce qu’opposé à une élection « forcée » au conseil des étudiants, son tuteur veut le convaincre d’un mariage arrangé. Il refuse, et part pour Johannesburg  semblant plus prompt à ce battre que les coutumes sociales de son peuple que contre les blancs. Son premier emploi, gardien de mine, est vite annulé quand son employeur qui s’aperçoit qu’il est en fuite. Grâce à ses relations, il entre alors dans un cabinet d’avocat. Nelson termine sa licence par correspondance tout en travaillant.

C’est en 1944 que Nelson Mandela rejoint l’ANC : le Congrès National Africain, sous le direction d’Alfred Xuma. Cette même année, il se marie à Evelyn Mase. En 1948, Le Parti National, exclusivement composé d’Afrikaner, gagne les élections et met en place une politique de ségrégation : l’apartheid. En 1952, Oliver Tambo et Nelson Mandela, son ami, sont les premiers avocats noirs de Johannesburg. Une année plus tard, il est élue président de l’ANC du Transvaal et vice-président national. Il mène une campagne de désobéissance civile (defiance campaign) qui trouvera son apogée le 6 avril 1952 : sur les dix milles manifestants, huit mille cinq cent sont arrêtées dont Nelson Mandela. Il est condamnée à 9 mois de prison avec sursis et est placé en résidence surveillée. Vers 1955 il dirige avec Oviler Tambo, le cabinet d’avocat Mandela & Tambo, qui fournir aux noirs défavorisés des conseils juridique gratuit.

Arrêté le 5 décembre 1956 pour trahison avec 56 autres sympathisants, il se lance dans un procès fleuve qui durera de 1957 à 1961. Soutenu par des fonds internationaux, ils seront relâchés, puis acquittés. En 1957, il divorce, puis épouse Winnie Madikizela-Mandela.

21 mars 1960 : le massacre de Sharpeville.

Lors d’une manifestation dans un township du Congrès panafricain, une soixantaine de policier tire sans sommation sur une foule d’environ 5000 personnes. Soixante-neuf morts dont huit femmes et dix enfants. Une foule en fuite et non armée. Le gouvernement déclare l’état d’urgence face aux manifestations qui s’ensuivent et interdit l’ANC et le PAC. Ces dirigents sont emprisonnés ou assignés à résidence. Le 1 er avril, le Conseil de sécurité des Nations Unies vote la résolution 134, qui condamne le massacre et demande l’abandon de la politique d’apartheid et la ségrégation raciale.

Nelson Mandela fonde en 1961 la branche militaire Umkhonto we Sizwe renonçant à la non violence au profit de l’action armée. En mai, il lance avec succès une grève générale. Il coordonne des actions sabotage de cibles symboliques qui « n’entraîne aucune perte en vie humaine et ménage les meilleures chances aux relations interraciales ». Puis, prépare une possible guérilla pour mettre fin à l’apartheid et prône alors « la guérilla, le terrorisme et la révolution ouverte ». De 1961 à 1963 sont recensées 190 attaques armées contre des bureaux de poste, du gouvernement ou de lieux symbolique de l’apartheid, « Mais nous devions le faire d’une telle façon que personne ne serait blessé, personne ne serait tué » dira un de ces proches.

Mandela cherche des fonds à l’étranger et suit une formation militaire en Algérie. Cet engagement « terroriste » lui vaudra notamment de ne pas pouvoir entrée aux États Unis sans visa spécial jusqu’au 1er juillet 2008.

Derrière les barreaux.

Nelson Mandela s’enfonce dans la clandestinité. Le 5 août 1952 il est arrêté grace à des informations données par la CIA en échange de la libération d’un de leurs agents. En pleine guerre froide, le régime de l’apartheid, anti-communiste, s’affichait comme un défenseur de l’occident. Le 25 octobre, il est condamné à cinq ans de prison pour avoir organisé la grève de 1961 et avoir quitté le pays illégalement. Pendant ce temps, d’autres dirigeants de l’ANC sont arrêtés. Ils ont accusés de trahison, de liens avec le Parti Communiste Sud-africain et de comploter en faveur d’une invasion étrangère. Mandela est mis dans le coup.

Nelson-Mandela-in-Prison

Le 9 octobre 1963 début alors le procès de Rivonia.Le Rand Daily Mail publiera sa déclaration de défense qui finit par ces mots : « Toute ma vie je me suis consacré à la lutte pour le peuple africain. J’ai combattu contre la domination blanche et j’ai combattu contre la domination noire. J’ai chéri l’idéal d’une société libre et démocratique dans laquelle toutes les personnes vivraient ensemble en harmonie et avec les mêmes opportunités. C’est un idéal pour lequel j’espère vivre et agir. Mais, si besoin est, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir »

Les accusés sont jugés coupables de sédition et condamnés à la détention à perpétuité le 12 juin 1964. Mandela et ses compagnons échappent à la peine de mort, le juge n’estimant pas prouvée l’intervention étrangère. La pression internationale y sera aussi pour quelque choses selon Oliver Tambo. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies condamne le procès. Nelson est emprisonné dans l’île prison de Robben Island. Il y restera dix-huit ans et effectue des travaux forcés dans une carrière de chaux. Entre chaux et cassage de caillou, Nelson met en place « l’université Mandala » pour instruire ces co-détenus et les encourager. Prisonnier de classe D, il n’a droit qu’à un seul visiteur et une lettre tous les six mois ! Enfermé, Mandela reste un rebelle. Il mène des actions de contestations et  des grèves de la faim. Sa volonté reste intacte : il étudie l’histoire des Afrikaners et la langue africaans afin d’établir un vrai dialogue.

En 1971, l’assemblée générale des Nations Unies déclarent l’apartheid crime contre l’humanité. En 1976, le ministre des prisons Sud Africain vient lui proposer une libération sous condition. Mandela refuse. Le 16 juin 1976 éclate les émeutes de Soweto. En 1977, Steve Biko meurt torturé par la police.  En octobre, le Conseil de sécurité des Nations Unies avec la résolution 417 « condamne vigoureusement le régime raciste sud-africain » et demande la libération de « toutes les personnes emprisonnées au titre de lois arbitraires sur la sûreté de l’État […] et pour leur opposition à l’apartheid ». Un embargo sur les armes est imposé. Nelson Mandela est placé en isolement carcéral, journaux et radios interdits.

Durant son emprisonnement, il étudie par correspondance à l’Université de Londres et obtiendra un diplôme de « Bachelor of Law ».

Nouvelles prisons, premiers espoirs.

En mars 1962, Mandela et les principaux dirigeants de l’ANC sont transférés à la prison de Pollsmoor.

Dans les années 1980, le MK relance la guérilla et occasionnent de nombreux morts civils. Dans le camp des partisans de apartheid un « escadron de la mort » commet plus d’une centaine de crime. En février 1985, le président Pieter Botha offre à Mandela la liberté conditionnelle en échange d’un arrêt de la lutte armée. Mandela refuse l’offre : « Quelle liberté m’est offerte alors que l’organisation du peuple demeure interdite ? Seuls les hommes libres peuvent négocier. Un prisonnier ne peut pas faire de contrat. » Les négociations continuent sans grande avancées. En 1986, Mandela est transféré dans une villa avec piscine non loin du centre pénitentiaire de Paarl. Il est officiellement libéréle 7 décembre 1988 et mis en résidence surveillée.

En juin 1988 a lieu le concert hommage des 70 ans de Nelson Mandela à Wembley. regardé par six cents millions de téléspectateurs dans soixante sept pays. Le 15 octobre 1989, Frederick de Klerk, placé à la tête du gouvernement suite à un AVC de Pieter Botha, libère sept dirigeants de l’ANC. En novembre Mandela dira de lui : il est « le plus sérieux et le plus honnête des leaders blancs » avec qui il ait négocié. De Klerk annonce la libération de Mandela en février 1990 après 27 ans de prison. Le 11 février sa libération est retransmise en direct dans le monde entier.

Il faudra attendre août 1990 pour que l’ANC proclame la fin de la lutte armée. En 1991, Mandela qualifie  de Klerk de « dirigeant d’un régime illégitime, discrédité et minoritaire ». En juillet, les derniers piliers de l’apartheid sont supprimés par le parlement. Nelson Mandela est élu président de l’ANC.

En 1993, le président Frederik De Klerk et Nelson Mandela reçoivent conjointement le Prix Nobel de la Paix en hommage à « leur travail pour l’élimination pacifique du régime de l’apartheid et pour l’établissement des fondations d’une Afrique du Sud nouvelle et démocratique « . Après un hommage à De Klerk il demande la libération de Aung San Suu Kyi (prix nobel de la paix 1991) qu’il compare à sa lutte.

Les premières élections démocratiques non racial son fixées pour le 27 avril 1994. ANC remportera largement cette élection avec 62,6% des voix. Nelson Mandela est élu président de la République d’Afrique du Sud. Durant sa cérémonie d’investiture il célèbre la fin de l’apartheid et souhaite une « nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et avec le monde ». Le 27 avril devient un jour férié en Afrique du Sud : le jour de la Liberté.

En 1996, il organise une passation du pouvoir avec Thabo Mbeki à la présidence de l’ANC. Comme il s’y était engagé, il ne se représentera en 1999.

Les points d’ombre.

Mandela admet après son mandat qu’il a manqué à son devoir en ne prêtant pas plus d’attention à l’épidémie du Sida. Le pourcentage de femme enceinte séropositives est passé durant son mandat de 7,6% à plus de 22%. Le nombre de mort par an dépasse les 100 000 en 1999. IL rentrera en conflit ouvert avec Thabo Mbeki en 2002, lui reprochant de continuer à débattre pendant les gens meurent. Son fils meurent en 2005 victime du sida.

Nelson Mandela ne manquera jamais de saluer la Libye pour son soutien à la lutte contre l’apartheid. Il parle de Kadhafi comme d’un leader moral ou frère leader. Il lui décerne l’ordre de la Bonne Espérance en 1997, le plus haute distinction du pays.

Il sera aussi accusé de culte de la personnalité à cause de merchandising impressionnant vendu à son effigie. Il fera retiré son portait des objets vendus par sa fondation.

Tant qu’il y aura des hommes.

Mandela continuera de prodiguer son influence après sa présidence. Engagé dans de nombreuses œuvres : pour sa fondation, soutien au mouvement Make Poverty History, tournoi de golf de charité Nelson Mandela, ou encore soutien à l’organisation SOS village d’enfants. Médiateur pour la paix au Burundi en 2000 ou ferme opposant à la guerre en Irak et à la politique étrangère de Georges W. Bush. Il attaque violemment les États-Unis comme seul pays « qui a commis des atrocités indescriptibles » avec les bombardements atomiques au Japon. Il critique fermement le président Robert Mugabe qui préside à l’effondrement du Zimbabwe depuis plus de vingt ans.

En Israël, il demandera le retrait des territoires occupés, mais aussi la reconnaissance par les pays arabe du droit d’exister d’lsraël. En 2007 il annonce la création du Global Elders destiner à contribuer à résoudre les grands problèmes du monde.

En quarante ans, il aura reçu plus de deux cents prix et récompenses nationales et internationales. À ce point, qu’il décidera de ne plus en accepter, jugeant que d’autres devaient être honorés. En novembre 2009, l’Assemblée Générale des Nations Unies déclare le 18 juillet, jour de son anniversaire « journée internationale Nelson Mandela ».

Honnêtement, en préparant cette hommage à ce grand homme, nous nous attendions à deux trois paragraphes qui survolent sa vie et ses grandes dates. Et c’est en parcourant les lignes de sa vie que l’on s’est laissé impressionner par l’ampleur du raccourci. 95 ans de vie ! ouiiii ! mais quelle vie. Milles films et milles livres n’y suffiront pas à en épuiser les retours. Cela nous aide à mesurer la différence entre l’homme ordinaire et un homme hors du commun. L’échelle n’est pas la même. L’horizon fait face à la vision. Le sens de l’engagement comme énergie pour ne jamais renoncer, garder son intégrité intacte, ne jamais faillir, mais aussi savoir pardonner, évolué, analyser pour mieux orienter, donner une dimension à ce que l’ordinaire ne regarde même plus.

On attend bien sûr le biopic avec impatience. Qui sera l’acteur qui relèvera le défi d’incarner cet homme hors du commun ? Notre monde, surtout dans ces temps de crises qui font un boulevard à la haine, a bien besoin de prendre exemple sur sa conscience et sa détermination. Le monde arc-en-ciel reste un rêve magnifique et un défi pour tous, bien plus important que les petites querelles de chacun.

 

« Etre libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c’est vivre d’une façon qui respecte et renforce la liberté des autres. »

Nelson Mandela

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« Invictus » (Invaincu en français) de Willian Ernest Henley. Ces mots ont accompagné Mandela, notamment durant ces 27 ans de prison.

Invictus

 

Depuis l’obscurité qui m’envahit,

Noire comme le royaume de l’enfer,

Je remercie les dieux quels qu’ils soient

Pour mon âme indomptable.

 

Dans l’étreinte féroce des circonstances,

Je n’ai ni bronché ni pleuré

Sous les coups de l’adversité.

Mon esprit est ensanglanté mais inflexible.

 

Au-delà de ce monde de colère et de larmes,

Ne se profile que l’horreur de la nuit.

Et pourtant face à la grande menace

Je me trouve et je reste sans peur.

 

Peu importe combien le voyage sera dur,

Et combien la liste des châtiments sera lourde,

Je suis le maître de mon destin,

Je suis le capitaine de mon âme.

 

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