Code de la communication : la Francophonie doit-elle suspendre Madagascar ?

Francophonie code de la communication Madagascar

Nous sommes tous encore sous le  choc : 80 députés ont voté le code de la communication. Un seul a voté contre. Le Mapar, décidément pas très courageux ces derniers temps, s’est abstenu en quittant l’Assemblée. La seule force d’opposition donc a préféré faire l’autruche. En conséquence, les députés ont préféré une fois de plus s’occuper d’améliorer leurs avantages personnels plutôt que de se soucier de l’intérêt du peuple. Ils se protègent et empêchent la liberté d’expression d’assumer son rôle de 4è pouvoir.

Cette année 2016, Madagascar aura – ou devrait, oups 😉 – avoir le privilège d’accueillir le 16è Sommet de la Francophonie, à Antananarivo. Malgré des efforts en communication peu convaincants pour l’instant, ce sommet ne semble pas mobiliser les foules trop préoccupées par leur difficile quotidien pour s’intéresser à ce rassemblement d’honneur pour hommes politiques en mal de reconnaissance internationale.

Comme DNews l’évoquait déjà dans un article en novembre 2015 sur la sécurité du sommet, certains s’interrogent sur la capacité de nos forces de l’ordre à assurer la sécurité d’un tel évènement. En ce moment même, l’Ambassade de France convoque un à un, les responsables des grands hôtels de la capitale, s’inquiétant d’attaques éventuelles. Mais en attendant les actes, l’OIF fait face à ses contradictions.

Le Code de la communication en contradiction flagrante avec les engagements de la Francophonie.

La Francophonie est engagée pour la démocratie et les droits de l’Homme. L’OIF, championne des arcanes de la com’, le proclame haut et fort sur son site : depuis les déclaration de Bamako et Saint Bonifacel’organisation a une dimension politique approuvée par les états membres. Son action va donc bien au-delà de promouvoir la langue française. Éducation, développement durable, culture numérique, enfance… droits des femmes… tout y passe ou presque. Mais ces beaux engagements signés par l’ensemble des États membres, ne sont-ils que des vœux pieux ?!

Aujourd’hui 11 juillet, se tient à Ivato une réunion de l’Assemblée des parlementaires francophones. Ce soir, un dîner d’état sera donné en leur honneur à Iavoloha à l’invitation du président de la République. Ces moments de réflexion politique prennent une toute nouvelle couleur depuis l’adoption au forceps du texte du code de la communication par des députés et un sénat aux ordres du chef de la magistrature suprême.

Liberté d’expression et Déclaration de Bamako :

Le document téléchargeable ici commence comme ci dessous, pour bien marquer que ce texte est reconnu par tous :

« DÉCLARATION DE BAMAKO Nous, Ministres et chefs de délégation des États et gouvernements des pays ayant le français en partage, réunis à Bamako pour le Symposium international sur le bilan des pratiques de la démocratie, des droits et des libertés dans l’espace francophone,… »

Nous vous laissons le soin de lire l’ensemble du texte, et mettons en avant un point particulier directement en contradiction avec certains articles du Code de la communication adopté hier à Madagascar :

 » 2. Confirmons notre adhésion aux principes fondamentaux suivants :

  1.  La démocratie, système de valeurs universelles, est fondée sur la reconnaissance du caractère inaliénable de la dignité et de l’égale valeur de tous les êtres humains ; chacun a le droit d’influer sur la vie sociale, professionnelle et politique et de bénéficier du droit au développement ;
  2. L’État de droit qui implique la soumission de l’ensemble des institutions à la loi, la séparation des pouvoirs, le libre exercice des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, ainsi que l’égalité devant la loi des citoyens, femmes et hommes, représentent autant d’éléments constitutifs du régime démocratique ;
  3. La démocratie exige, en particulier, la tenue, à intervalles réguliers, d’élections libres, fiables et transparentes, fondées sur le respect et l’exercice, sans aucun empêchement ni aucune discrimination, du droit à la liberté et à l’intégrité physique de tout électeur et de tout candidat, du droit à la liberté d’opinion et d’expression, notamment par voie de presse et autre moyen de communication, de la liberté de réunion et de manifestation, et de la liberté d’association ;

… »

La presse malgache n’a eu de cesse de démontrer le caractère liberticide de certains articles du Code de la Communication. Ce code, qui défie par certains aspects les Droits de l’Homme, crée une inégalité entre les citoyens face à la loi. Il met sérieusement en danger la liberté d’expression et d’opinion en vue d’exercer une démocratie basée sur des élections libres. Ce code, qui protège une élite régulièrement soupçonnée de mauvaise gouvernance, handicape sérieusement la mise en place d’un État de droit.  Comment des Hommes peuvent exercer librement leurs droits, s’ils sont pointés du doigt et sous la menace ?

En conformité avec la Déclaration de Bamako et les Droits de l’Homme, les officiels de l’OIF devraient dénoncer fermement, voir condamner, ce code de la communication liberticide et ces instigateurs. Si un membre de la Francophonie peut se permettre d’être en totale contradiction avec la déclaration fondatrice de Bamako, alors cette déclaration n’a plus de valeur et restera qu’un voile de poudre aux yeux. Les peuples, déjà peu concernés, vont se demander à quoi sert cette institution si coûteuse, si elle n’est pas capable de défendre leurs intérêts et leur bien-être.

Didier Berberat, président de la Commission de l’éducation, de la Communication et des Affaires culturelles, a annoncé sur RFI son intention de mettre à l’ordre du jour de l’Assemblée de ce jour ce code de la communication contesté. C’est déjà un geste, mais ce n’est pas assez. La liberté d’expression est la condition sine qua non de l’exercice sain de la démocratie. Sans ce droit précieux pour chacun à exprimer son opinion librement, la démos (le peuple) kratie (pouvoir) – prends un bien sombre chemin qui conduira à de nouvelles crises majeures pour Madagascar et encore tant d’années de souffrance pour les malgaches.

Le pouvoir semble sourd aux alertes lancées par les médias. La communauté internationale doit condamner sans ambages pour réveiller la conscience de ce dernier qui semble s’éloigner dangereusement l’intérêt de son peuple. Ce bras de fer engagé avec les médias laissera des traces profondes jusqu’à l’élection présidentielle… si nous avons la chance d’y arriver.

 

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