Grognements dans les médias gasy.

En juin 2015, toutes les chaînes de télévisions malgaches doivent passer par la TNT. Dans tous les pays modernes, le passage à la TNT permet la naissance de dizaines de chaînes TV et donc une offre de programme plus importante pour les téléspectateurs. À Madagascar, les pouvoirs successifs ont bien du mal à sortir d’une vision « soviétique » de la communication. Octroie de licences d’exploitation sombres, fiscalité « à la tête du client »… Ça grogne chez les opérateurs.



Licences d’exploitation : un opaque droit à l’image.

Les patrons et responsables des chaînes TV et radios pointent du doigt le gouvernement. Personne ne sait trop comment chacun a obtenu sa licence, tant elles sont souvent liées à des personnalités politiques, mais, en principe, l’octroie de licence doit passer par un appel d’offres. En cause donc la nouvelle Télé et radio de la Commune Urbaine d’Antananarivo qui s’est montée en un temps record et émet sur la capitale. Sa licence lui a été accordée au titre de « service public » et elle commercialise de la publicité. Problème, de nombreux opérateurs ont fait des demandes pour créer des chaînes TV. Aucun n’a pu obtenir de licence. Par ailleurs, on peut imaginer que toutes les communes facent le même type de demande sous le même prétexte de « service public ». Chaque mairie viendrait ainsi grignoter la manne publicitaire des TV commerciales « officielles ». Une télé émettant à Ivato par exemple, serait reçue sans peine sur la quasi-totalité d’Antananarivo.

Les patrons de chaînes notent également traitement fiscal inégalitaire. Les taxes perçues sur les diffusions publicitaires ne seraient pas les mêmes pour tous. Certaines chaînes payeraient donc plus que d’autres. Un sentiment d’injustice et de manque de transparence. Un flou plus ou moins volontairement entretenu, on se demande bien pourquoi ou pour quoi d’ailleurs.

TNT : la télé numérique (extra-)terrestre.

Le flou, c’est le mot-clé pour les médias en général et les TV en particulier à Madagascar. Une seule certitude, autour du 15 juin 2015, toutes les télévisions devront passer par la TNT. C’est un peu comme la loi contre la cybercriminalité : c’est une loi qui a été votée et qui est effective, mais qu’on nous dit qu’on ne l’appliquera pas ; qu’elle sera revue ?!... va comprendre. Ben, pour la TNT, on nage dans les mêmes eaux : Madagascar a bien signé le contrat s’engageant à la fin de la télévision hertzienne, mais personne ne sait comment ni avec qui. Les patrons de chaîne existant n’ont aucune information ou presque.

StarTimes, société chinoise déjà implantée en Afrique (Nigeria, Tanzanie, Kenya, Rwanda, Ouganda, Guinée Conakry, République centrafricaine et Burundi), aurait signé un contrat d’exclusivité nationale avec Harry Laurent Rahajason, le ministre de la Communication. Le contrat est bien signé, mais c’est le caractère exclusif qui semble moins net. Si c’est vrai, elle serait en situation de monopole. Autant dire un marché très juteux, parce qu’avec ce nouveau système de diffusion numérique, c’est tout le territoire de Madagascar qui sera visé. Une révolution. Jusqu’au fond de la brousse, avec un simple décodeur, tout le monde pourra recevoir toutes les chaînes TV.

Ce monopole n’est pas sain, car complètement indéfini : qu’est-ce qui sera diffusé ? quels programmes ? quelles chaînes ? Sous quelles conditions ? Serons-nous envahi de programme chinois dont on connaît la très mauvaise réputation en terme de qualité d’information notamment. Nos chaînes nationales devront-elles payer pour avoir le droit à un canal ? Et au bout de la « chaîne »… Les Malgaches devront-ils servir de rente pour cette société à travers un abonnement mensuel ou l’achat obligatoire des décodeurs pour pouvoir regarder la télé ? Un très mauvais scénario de science-fiction dans lequel une société toute puissante contrôle l’accès aux médias avec un pouvoir absolu sur les gouvernements, car, elle peut menacer à tout moment d’arrêter toute diffusion. Imaginez le poids qu’une telle société peut avoir sur un État si tout un peuple est privée de TV ! Ou l’utilisation qu’un pouvoir peut faire d’un tel monopole en demandant, quand cela l’arrange, que certaines chaînes soient coupées. En 2009, par exemple, Ra8 (ce n’est qu’un exemple) aurait pu faire couper toutes les chaînes privées pour ne laisser que l’information officielle TVM ; autrement dit, rien.

TNT : une autre société malgache dans les startings blocks.

Malgré l’exclusivité – ou pas – de StarTimes, une autre société malgache serait, d’ores et déjà, prête à diffuser en TNT. Vu.e Madagasikara dit avoir les équipements nécessaires pour diffusion sur le grand Tana. La province suivrait. Pour l’instant, ils ne demanderaient par de frais aux chaînes passant par eux. Le prix du décodeur, en dessous de 50 000 Ariary et sans abonnement. L’équipe est prête. Reste à savoir s’ils auront le droit.

Dans tous les cas, il ne s’agira pas de vrais Télévision Numérique « Terrestre » puisque le système ne passera pas par câble. Le système mis en place par ces deux opérateurs sera comparable à celui de Blueline, mais en HD (haute définition) et en numérique. Le flou « artistique » persiste puisque, le Premier ministre Roger Kolo aurait annoncé qu’il confiait le basculement à une autre société chinoise Huaweï, spécialisé dans les télécommunications. On s’étonne d’ailleurs du silence des opérateurs de télécommunication déjà présent comme Telma, Orange et Airtel. Telma étant déjà bien engagée dans un programme de fibre optique.

Quoiqu’il en soit il semble grand temps de mettre de l’ordre et de la transparence dans les média à Madagascar. Et surtout, de libéraliser une bonne fois pour tout le secteur, sur la base d’une règlementation claire, souple et accessible afin de profiter au plus grand nombre. Le public, seul, doit pouvoir faire son choix comme il l’entend. La puissance d’internet submerge déjà toute tentative de contrôle des informations.

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