BNI : miroir aux alouettes ou patate chaude ?

BNI Madagascar Ciel First Immo
Le 6 juin, le Crédit Agricole jette l’éponge et céder ces 51% à l’entité appelée pompeusement IOFHL : Indian Financial Holdings Limited. Autrement dit : la troisième plus grosse banque d’Europe en terme de bilan se débarrasse de sa filiale malgache sans doute juger pas assez rentable aux vues de ses ambitions. Danger ou renouveau ?

 Une nouvelle ère de rien ?

Le secteur bancaire à Madagascar ne semble pas être dans sa meilleure phase. Après la faillite de la BICM, voilà que le Crédit Agricole cède ses parts de la BNI. La crise et l’interminable transition y sont sans doute pour beaucoup. La difficulté à bancariser « les pauvres » et le développement des banques de micro-crédit ont certainement leur rôle à jouer dans cette mauvaise santé. Il ne faut pas l’oublier, une banque ne fonctionne qu’avec un seul carburant : l’argent. En conséquence, développer une banque nationale dans un pays qui a un des PIB les plus faibles du monde, et des salaires si peu important que des files d’attentes monumentales envahissent les guichets en début de mois pour vider le peu d’argent versé par l’employeur… Cela relève du sacerdoce. Une banque, à Madagascar, c’est un service public. Hors, une banque privée n’a pas vocation à faire du service public. Elle doit gagner de l’argent avec le vôtre.

La BéNI oui oui.

(Que voulez-vous ? On cède au plaisir de l’écriture et au jeu de mot facile – nous n’avons rien contre la banque en question) 

Notre BNI, est d’abord devenu BNI CL (Crédit Lyonnais, une filière actuelle du Groupe Crédit Agricole), puis BNI CA. On attendait plus que les trois premières lettres disparaissent. Quelle fierté aurions-nous eu à voir naître le CA Madagascar. Un nom rassurant qui aurait mis en confiance bien des clients. Seulement voilà, les gouvernements ont bien du mal à lâcher leurs positions financières dans certaines grandes entreprises. L’État ne veut pas se séparer de ces 32 %. On se demande bien pourquoi, une fois de plus ?

Le problème est pourtant simple : comment peut-on réussir un mariage profitable entre une banque internationale et ses loups de la finance qui, dès qu’ils bougent le pousse à l’autre bout de la planète change la vie quotidienne de chacun, et une suite de gouvernements de bonne volonté certes, mais tout juste habitué à faire un crédit pour acheter une voiture ou presque ? Ce n’est déjà pas simple d’avoir comme principal partenaire un État, mais quand celui-ci est instable et qu’il faut renégocier et ré-expliquer à chaque changement de personnalité… pffouffff Ça finit par coûter plus cher que cela pourrait rapporter.

Ciel ! Mon mari !?

Communiqué de presse et RP à l’appui, la nouvelle BNI Madagascar veut rassurer. Une vague évocation d’un soutien continu pendant deux ans (c’est peu ?) du Crédit Agricole pour les lettres de crédit. En clair, un signe aux professionnels de l’importation à Madagascar. Le Crédit Agricole les aidera pour faciliter leur garantie bancaire quand ils vont importer des containers. Mais surtout, on met à la tête du « management opérationnel » François Hooffman, présenté comme un ex-cadre dirigeant du groupe Crédit Agricole SA. « Management Opérationnel » ne veut pas dire PDG.

À Madagascar, on présente l’opération comme le rachat par le « consortium » (encore un mot ronflant qui sent la poudre aux yeux) formé par le Groupe mauricien Ciel et le Groupe Hiridjee. Sur le site du Groupe Ciel la chose est présentée différemment : « réalisation de l’acquisition de 51% de BNI Madagascar par le consortium CIEL / First Immo… CIEL Limited et la société malgache First Immo, filiale du Groupe Hiridjee, détiennent respectivement 60% et 40% des parts d’IOFHL. « .

Un bien étrange « Cheval de Troie » ou ménage à trois : Ciel, déjà détenteur de Bank One mais issu du textile et de l’agro-alimentaire ; First Immo, émanation immobilière du bâtisseur  Hassanein Hiridjee à Madagascar ; et l’état malgache. 51 + 32 = 83 %. Reste donc 17% d’inconnus ou petits porteurs. Leur a-t-on demandé leur avis ? Qu’en pensent-il ? Il seraient intéressant de le savoir.

Au fond, pas de raison de s’affoler pour l’instant. Madagascar retrouve les rails du concert des nations, les financements afflus, le président semble Au fond, pas de raison de s’affoler pour l’instant. Madagascar retrouve les rails du concert des nations, les financements affluent, le président semble vouloir mettre les formes pour que tout aille dans le bon sens. Le Groupe Ciel, c’est du solide. La fabuleuse ascension d’Hassanein Hiridjee malgré les pièges en eau trouble… Tout cela est autant d’atout plutôt rassurant. Quant au départ du Crédit Agricole, il ne faut pas le prendre comme un acte contre une banque malgache, mais plutôt comme le re-centrement d’un gigantesque groupe financier international qui se sépare d’une filiale jugée moins rentable selon ses critères. C’est tout. Au fond, peut être y gagnerons-nous en souplesse avec des gens plus proche de nos préoccupations. En tout cas, espérons-le.
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