France, la double nationalité mise en cause.

binationalité France Madagascar
La Coupe du Monde de Football n’est pas, pour certains, uniquement une compétition autour d’un jeu. Ils y voient avant tout une bataille de nation. Les drapeaux se déploient lors des victoires. En France, les victoires de l’Algérie et les manifestations de joie par la communauté d’origine algérienne a réveillé le rejet de l’étranger sous l’étendard de Marine Le Pen criant au scandale et demandant la suppression de la double nationalité. Le thème est bien connu : on intègre un pays et on s’y tient, selon elle ; on ne pourrait pas choisir la patrie qui nous convient, juste au  grès de ce qui nous plaît, de ce qui nous arrange.

La binationalité  à Madagascar.

Bien peu de chiffres officiels sur cette question. Et pour cause : l’immigration à Madagascar est quasi-nulle (moins de 0,5%). Deux grandes communautés d’étrangers se détachent : les Chinois, sans aucune donnée précise à ce jour, qui seraient entre 40 000 à 60 000 (en 2007, selon Wikipedia), mais dans lesquels il faut différencier deux grands groupes : les malgaches d’origine chinoise implantés sur le territoire depuis très longtemps, et les nouveaux immigrants, sans aucun rapport avec les premiers, même pas la langue, présent depuis une bonne dizaine d’année. Puis viendrait en vrac, les Italiens, les allemands et anglais… Mais en quantité plus négligeable.

Côté français, il y aurait environ 24 à 25 000 français à Madagascar dont une grande majorité de binationaux selon les différentes sources d‘informations. Officiellement, on parle de 18 700 français inscrits à l‘ambassade de France, et de 13 000 binationaux. Qui sont ces binationaux ? Des malgaches pour la quasi-totalité. Il y a bien quelques « karanas« , souvent et étrangement qualifiés d’indo-pakistanais (!?), mais ils restent très minoritaires. Par ailleurs, il est quasi-impossible pour un Français d’obtenir la nationalité malgache. 12 à 13 000 Malgaches donc, résidant à Madagascar auraient aussi la nationalité française. On compte environ 70 000 malgaches en France. Aucun chiffre par contre, sur les binationaux malgaches résidents en France. Sachant qu’avec un emploi et un peu de temps, il est relativement facile d’obtenir la nationalité française, il est fort probable qu’une grande majorité d’entre eux l’est obtenu.

Il est aussi à noter que ces Malgaches se trouvent généralement dans les CSP+ (catégories sociales professionnelles supérieures). Rares sont les pauvres dans le lot. Et bien souvent d’ailleurs, nos hommes politiques qui, souvent par populisme ont tant de choses à reprocher à la France, gardent soigneusement au chaud (au secret) leur double-nationalité… « On ne sais jamais« , « ça peut servir »… Un triste constat donc : les riches crient à l‘infamie mais feraient tout pour l’avoir ; les pauvres ne peuvent pas l’obtenir, mais la prendraient volontiers si on la leur proposait.

 

Quelles conséquences si la France supprimait la binationalité ?

La première serait que la France obligerait à faire un choix : être Français ou, être Malgache. Pour les Malgaches résidant en France, il faudrait devenir uniquement Français pour conserver l’ensemble de leurs droits. Pour ceux qui décideraient de rester  Malgache, la perte serait surtout sur les tracasseries administratives : pour obtenir une carte de séjour (ce qui n’est pas très compliqué en France, quand on a un emploi et une adresse). Ceux qui deviendraient Français, perdraient, par contre, tout leurs droits à Madagascar. Ils devraient avoir un passeport français et faire une demande de visa pour venir passer des vacances dans leur pays d’origine. S’ils souhaiteraient venir s’installer à Madagascar, ils seraient soumis aux mêmes contraintes qu’un immigrant Français.

Plus de droit foncier ! Aye… plus le droit d’acheter du terrain. Et que deviendraient les biens immobiliers à leurs noms puisqu’un étranger n’a pas le droit d’en posséder ? Leurs papiers auraient autant de valeur que ceux d’un vieux colons revendiquant des droits sur ces terres perdues. Problème juridique : à qui reviendrait ces biens ? au premier qui s’installe dessus ? à des proches ? à l’état ? Ils auraient le droit de les revendre pendant un temps ? ou d’en faire « don » à un proche ?…

Et les binationaux malgaches pleinement installés à Madagascar ? (les fameux 13 000) Ils seraient obligés de « rentrer » en France, trouver un hébergement, une adresse officielle… et refaire leurs papiers en bonne et dû forme, pour enfin pouvoir faire une demande visa pour Madagascar, en vue d’une ré-installation !… Imaginez les désagréments. Le choix de garder une nationalité française deviendrait délicat. Nombreux seraient ceux qui se verraient contraint de renoncer à la nationalité française et ces avantages.

Le « Français » d’origine malgache serait obligé de payer 25 000 à 50 000 Ar (avec le guide par personne pour la visite d’un parc nationale au lieu des 1000 Ariary de rigueur aujourd’hui. Obligation donc pour tous les malgaches de présenter leur carte d’identité pour que le guichetier puisse savoir qui paye quoi !? Mais cela, c’est plus un détail révélateur de la pagaille conséquente à une telle décision. La perte de l’allocation de minimum vieillesse (792 Euros/mois, soit environ 2 450 000 Ar) serait bien plus conséquente, pour ceux choisissant de garder le nationalité malgache.

La binationalité : une aberration ? Un avantage ? Ou la futur norme de l’humanité ? Après tout, les droits de l’Homme parlent d’un droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Il est vrai que ceci ne veut pas dire que chaque humain à le droit de choisir avec qui il s’entend. Et s’il a le droit d’aimer plusieurs patries. Ces derniers temps, avec la crise financière internationale, l’heure est plus au repli. Les nationalistes parlent haut et fort. Mais la voie du monde, va plutôt dans le sens de l’abolition des frontières, l’union des nations et la libre circulation des peuples. La notion même de nation est un des grands défis du siècle à venir.

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