Réfugiés Syriens à Madagascar : pourquoi pas ?

réfugiés syriens

La rumeur a été lancée par Midi Madagascar d’une manière provocatrice et semble-t-il un peu légère. Volonté commerciale de vendre du papier ? De créer du buzz ? Ou manipulation contre le régime sur fond d’élection présidentielle ? Nul ne le sait pour l’instant. Toujours est-il que le ministère de la Communication a écrit un démenti formel et que Daniel Anaclet, Directeur de l’ONG CDA, et coordinateur du projet d’assistance sociale et juridique des réfugiés et demandeurs d’asile, parle de « foutaises ». Rien de moins.

Des levées de boucliers nationalistes nauséabondes.

Toujours est-il que la toile s’est enflammée, l’opinion prenant le relais de cette rumeur pour l’amplifier à l’envi, sous couvert d’un relent de protection de la nation, étonnamment relayée même par certaines personnalités, pourtant plus renommées pour leur humanisme habituellement.

Bien sûr, le grief principal ne manque pas de logique : « Madagascar est déjà un des pays les plus pauvres du monde ; occupons-nous déjà de nous avant de pouvoir s’occuper des autres. », semblent dire en substance beaucoup. Une réflexion qui peut se comprendre dans la mesure où il y a déjà beaucoup de pauvres qui mériteraient un peu plus d’attention. On comprend également que, s’il y avait de l’argent pour construire des logements pour des réfugiés, commençons par en faire pour les Malgaches dans le besoin.

On peut par contre s’étonner, pour ne pas dire avoir la nausée, à lecture de certains commentaires bien peu honorables qui parlent de menaces pour la nation, d’invasion de musulmans, de pays chrétien qui s’opposerait à l’islam, de mosquées qui pousseraient comme des champignons… d’Erdogan qui se débarrasserait de Daech sous couvert d’accord avec le président… et nous restons diplomate dans la retranscription des idées malodorantes qui s’exposent comme autant de contre-vérité dont le seul fondement vérifiable est la prédisposition de « commentateurs » bien peu enclins à la moindre analyse. Doit-on parler de déficience, serions-nous tentés de lancer avec humour ?

C’est d’ailleurs étonnant de voir à quel point, d’un seul coup, les 90% ou 92% ou 94% de pauvres estimées à Madagascar se rappellent à la conscience de chacun. Il ne nous semble pas avoir constaté, habituellement beaucoup de personnes s’en soucier à ce point, les mêmes grands « commentateurs » étant plus prédisposés à un chacun-pour-soit, ignorant sans remord le sort de leurs compatriotes démunis.

Un peu de discernement et d’analyse pour mieux comprendre.

Erdogan, receleur de Daech !?

« Le président turc aurait passer un accord avec le président malgache lors d’une rencontre pour faire venir des réfugiés Syriens à Madagascar » C’est le fondement de la rumeur. Comment peut-on imaginer qu’un président, quel qu’il soit, puisse décider de la vie de réfugiés en les envoyant dans le pays de son choix ? Croyez-vous que le président turc a le pouvoir, à lui seul, de prendre des Syriens et de décider unilatéralement de les envoyer à Madagascar ? Rien que cette idée mérite réflexion : Est-ce possible ?

L’Europe a passé des accords avec Recep Tayyip Erdoğan pour canaliser les flux de migrants passants par la Turquie pour aller en Europe. Mais en aucun cas ces migrants ne sont sous le seul contrôle du président turc qui aurait le pouvoir de les placer là où bon lui semble.

Si une telle proposition leur était faite, ce ne serait possible que sur la base du volontariat et avec une indemnité d’installation incitatrice de taille. Rappelons que ces migrants ont presque tout abandonné pour espérer se rendre dans des pays de meilleures conditions. Pourquoi voudraient-ils venir dans un pays qui n’aurait rien à leur offrir ?

L’islam qui envahirait Madagascar et mettrait en danger la nation !?

Nous rappelons tout d’abord qu’il existe déjà, depuis au moins 150 ans, une forte communauté musulmane à Madagascar qui vit au pays et participe activement au développement de la nation sans poser aucun problème. De nombreux députés ou maires malgaches élus sont musulmans.

Il est essentiel de ne pas faire d’amalgame entre l’islam et certains courants extrémistes comme Daech. Les premières victimes du terrorisme et de la guerre sont les musulmans eux-mêmes.

Les Syriens qui quittent leur pays en guerre fuient ces monstruosités. Les Syriens musulmans croyants pratiquent et vivent un islam modéré, bien loin des caricatures que certains osent en faire. Ils aspirent à un monde plus ouvert, plus libre, et c’est pour cette raison qu’ils souhaitent quitter leur pays et affronter les pires conditions de migration au risque de perdre leur vie ou celle de leur famille. Ils sont heureux d’arriver en Europe où des amoureux peuvent s’embrasser sur les bancs publics par exemple. Ils n’ont aucune envie d’imposer une charia quelconque ou de revenir à un moralisme religieux dont ils ont souffert.

Nous pouvons aussi considérer que leur plus grand rêve est de retourner dans leur Syrie natale, pour retrouver leurs proches, le jour où le pays et la région auront retrouvé de la sérénité.

Les migrants ne sont pas des envahisseurs, ce sont des personnes poussées au choix le plus extrême de leur vie : quitter leur pays qu’ils aiment aux risques de leur vie pour tout recommencer ailleurs, bien souvent dans des conditions bien peu favorables, sans vraie ressource et avec des diplômes pas reconnus dans le pays d’accueil.

Nous passerons sur les suspicions concernant un promoteur bien connu à Madagascar qui aurait déjà gagné le marché de la construction du centre. Une fois de plus, un opérateur économique dynamique est lâché à la vindicte populaire sans raison.

 

Des réfugiés syriens à Madagascar : et si c’était une bonne idée ?

Qui sont ces migrants si terribles ?

Les Syriens les plus défavorisés n’ont pas l’opportunité ou les moyens d’organiser leur migration vers d’autres pays. Soit ils subissent de plein fouet la guerre, soit, au mieux, ils se concentrent dans des camps de réfugiés dans les pays frontaliers, en attendant que la situation s’améliorer pour retourner à leur quotidien difficile.

camp de réfugiés en syrie

Les Syriens qui peuvent se payer, en famille, un voyage vers l’espérance d’une vie meilleure, sont, généralement, des Syriens de niveaux sociaux importants : commerçants, docteurs, ingénieurs, professions libérales ou petits entrepreneurs… de la classe moyenne à supérieure, des personnes qui ont les moyens de mobiliser l’argent nécessaire à payer les passeurs, leur parcours périlleux jusqu’au pays souhaité et, leur réinstallation dans de bonnes conditions si possible.

Il ne faut pas confondre le réfugié syrien fuyant en désespoir de cause son pays et les migrants, généralement africains qui n’ayant rien à gagner chez eux et plus rien à perdre, partent à l’aventure voir si le soleil est plus agréable ailleurs.

Sans la guerre, tous ces migrants syriens seraient restés chez eux.

Des réfugiés syriens, une chance pour le pays d’accueil.

Ils sont donc bien loin de la caricature que certains peuvent s’en faire. Ils peuvent apporter beaucoup à un pays d’accueil. Au-delà du caractère humaniste, madame Merkel l’a bien compris en proposant d’en accueillir 1 million. C’est un million de consommateurs supplémentaires sur le marché pour les produits allemands. Un vrai plus pour soutenir une croissance déjà en bonne voie chez nos amis germaniques.

Des réfugiés qualifiés donc, éduqués et animés par la volonté de vivre une vie meilleure. Une vraie force, vecteur d’un esprit d’entreprendre et d’intégration, pour remettre leur vie sur un meilleur chemin dans un délai le plus bref. Que du positif en somme.

Une manne financière qui pourrait être bien utile.

Il est évident que l’ONU ou aucun dirigeant de pays dans le monde n’est pu penser une seule seconde qu’un des pays les pauvres du monde, Madagascar, puisse avoir les moyens d’accueillir des réfugiés d’où qu’ils viennent et quelqu’un soit la raison.

Nos bailleurs de fonds qui ont déjà bien du mal à soutenir le pays déjà bien préoccupé par leurs difficultés propres n’ont évidemment jamais pensé un tel plan machiavélique : envoyez des réfugiés dans un pays qui n’arrivent déjà pas se sortir d’une situation bien peu enviable.

Comment envisager que Madagascar puisse loger des migrants quand on voit son incapacité à terminer les infrastructures prévues pour le sommet de la Francophonie ?

Si une telle mesure a été suggérée en haut lieu, il est évident qu’elle serait entièrement financée par les bailleurs et organisateurs. Voyage, logements, infrastructures et aides à l’installation. Un financement à 100% au moins, puisque chacun sait que l’état malgache n’a aucune trésorerie disponible.

Ce pourrait donc être une très affaire puisque nous nous ferions financé en totalité et sans crédit l’installation de ces réfugiés. Les infrastructures créées resteraient après leur installation définitive, une fois qu’ils auraient trouvés leur propre maison, ou quand ils rentreraient en Syrie la guerre finie.

Ci dessous une copie du démenti officiel du ministère de la communication.

 

réfugiés syriens démenti ministère

Des réfugiés qui aideraient au développement du pays.

On l’a vu, ces migrants sont souvent des gens qualifiés ou de classe sociale supérieure. Le pays aurait donc beaucoup à bénéficier de leur bonne intégration. Ils apporteraient de savoir-faire, des expertises, et participeraient activement au développement de Madagascar.

Des migrants, ce sont aussi des consommateurs. Ils auront besoin de manger chaque jour, ils prendront des loyers ou se feront construire des maisons… ils achèteront des voitures pour ceux qui le peuvent, lanceront des commerces ou des industries, de l’agriculture …, achèteront des vêtements, des œufs chez l’épicier … paierons leurs taxes et impôts …

De nombreux emplois seraient créés grâce à eux : immédiatement en construisant les centres d’hébergement pour les accueillir et ensuite, simplement parce qu’ils participeraient pleinement à la vie locale.

Oui, oui, et oui ! à l’accueil de réfugiés syriens à Madagascar.

La pétition signée bien peu glorieusement par un mystérieux « Tiako gasikara » n’a recueilli qu’un millier de signatures, sous le coût de l’émotion et malgré le démenti des autorités. Doit-on y voir l’œuvre de Vahombey, ex-candidat à la présidence qui reprenait la diatribe « Non, non et non » avec force sur son compte Facebook ? Ou une allusion au célèbre « Tiako Madagasikara » de Marc Ravalomanana ? Ces équipes ou un fan à la manœuvre ? Toujours est-il que l’esprit de celle-ci semble bien s’éloigner d’un point de vue éclairé. La culture malgache traditionnelle, tant vantée par les grands manipulateurs d’opinion, nous ayant habituées à de plus grandes valeurs à travers la solidarité du « fitiavana » ou plus simplement celui du « vahiny », au sens de l’hôte, celui que l’on accueille. Bien qu’il faille rester prudent avec la notion d’étranger, l’imaginaire populaire préférant y attacher une stigmatisation l’exclusion. C’est peut-être là d’ailleurs l’origine de ce rejet franc d’une probabilité d’accueil de réfugiés syriens. L’étranger toujours perçut comme un envahisseur probable destructeur de la société, plutôt qu’un enrichissement, une aide, une ouverture et une possibilité de progrès. Le règne de la méfiance. Rejeter serait toujours préférable à assimiler ou intégrer.

Copie de la réaction de Vahömbey sur son compte Facebook.

vahombey syriens madagascar

Une chose est sûr : on ne peut rien exclure comme hypothèse sur l’origine de cette rumeur, mais nous pouvons en percevoir la plume de ceux qui auraient pour intérêt la déstabilisation du régime. Les mêmes qui prédisent, depuis l’accession de Hery Rajaonarimampianina à la présidence, sa déchéance, ou demandent sa démission à chaque occasion, faisant fi du respect du vote républicain et démocratique.

Qu’en serait-il d’ailleurs si, demain, notre pays était en proie à une guerre civile ? Les mêmes commentateurs recommanderaient-ils avec force aux Malgaches de mourir dans des atrocités innommables plutôt que de tenter d’immigrer ailleurs ? L’exemple de certains de nos plus importants politiques n’est d’ailleurs pas brillant. Ratsiraka ou Ravalomanana n’ont pas hésité une seule seconde à s’exiler dans les plus brefs délais. Le rêve ultime de nombreux Malgaches reste de partir ailleurs pour vivre sous de meilleurs cieux. Il y a d’ailleurs beaucoup de Malgaches à l’extérieur du pays que d’étrangers sur le sol malgache et de nos compatriotes ont pour projet de revenir.

Si Madagascar était victime d’une grande maladie contagieuse ou d’une famine, nous rejetterions l’aide étrangère en préférant voir nos enfants mourir ?

Avant de condamner l’autre, il est toujours préférable de s’imaginer à sa place et voir ce que nous ferions nous-mêmes. Madagascar est une île. Il est difficile d’en partir. Si nous étions collés au continent africain, gageons que nos frontières seraient les mêmes passoires que les autres et que beaucoup de nos compatriotes se retrouveraient sur les bateaux de migrants qui tentent de franchir la méditerranée.

 

Ne refusons pas aux autres, l’aide que nous souhaiterions pour nous-mêmes. Faisons preuve de hauteur d’esprit et donnons plutôt un bel exemple au monde et à tous ces pays riches en montrant avec fierté, que nous, malgaches, un des peuples les plus pauvres du monde, nous sommes capables de tendre la main avec humanisme et grandeur d’âme. Montrons au monde que, même s’il nous reste qu’une maigre marmite de riz, nous sommes encore capables de la partager avec nos sœurs et frères dans le besoin.

Souvenez-vous… est-ce la seule solution que vous leur proposez pour que vous puissiez protéger les pauvres à Madagascar ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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