Lemur trophy : le grand flop ?

Lemur Trophy Madagascar

On nous annonçait le Grand Show. Du « vous-allez-voir-ce-que-vous-allez-voir ». Ministère et Roland Ratsiraka en première ligne. « Un évènement inédit au cœur de l’aventure et de l’humain pour faire découvrir Madagascar autrement » nous promettait un premier communiqué de presse, à diffusion internationale, en février 2016.

Sur la page d’accueil du site internet du raid, nous trouvons encore, au 3 novembre 2016, une accroche flamboyante qui annonce « L’objectif de ce Raid Touristique est de faire un événement médiatique majeur. Impliquant un ensemble de médias de Madagascar, de l’Océan Indien, d’Europe et tout autre pays… » Rien de moins. « en s’appuyant sur une histoire humaine qui ne peut se vivre qu’à MADAGASCAR », écrit en majuscule pour faire pétiller la fibre nationale.

Au vu du peu d’enthousiasme pour l’événement constaté pour l’instant, nous serions tentés de prendre cette dernière phrase avec ironie. Début prometteur dans un contexte difficile ou fiasco annoncé ? La question mérite d’être posée.

 

La montagne aurait-elle accouché d’une souris ?

Ce Raid Touristique, organisé, selon les organisateurs, par des « professionnels de l’événement avec plus de 40 ans d’expérience » semblait partir sous les meilleurs auspices. Soutien de poids du ministre du Tourisme et des Transports ; des partenaires emballés parmi lesquels la Star (Eau Vice, XXL), des revendeurs automobiles, une compagnie aérienne réunionnaise, un opérateur téléphonique, une banque … ; une campagne de Relation de Presse au lancement…

Le parcours : Antananarivo, Tuléar, par Morondava. Les organisateurs : la société Festiv, d’un opérateur touristique de Sainte-Marie déjà organisateur du Festival des Baleines.

« Jusque là, tout va bien », comme dit la célèbre réplique.

Mais à la clef, seulement 15 pilotes au départ (sur le site web seulement deux présentés, dont un sponsor officiel)… Et encore, car, si on enlève ceux impliqués dans le raid de près ou de loin, il ne reste pas grand monde. Pas de star internationale du rallye ou même people.

Un soutien média limité au groupe Ultima Média de Naina ANDRIANTSITOHAINA (Les Nouvelles, Alliance FM…), Dreamin’, Info Tourisme (magazine trimestriel professionnel) et Memento (mensuel de La Réunion avec une antenne locale) pour Madagascar ; plus une télé de La Réunion, Télé Kréol, mais pas la plus importante en terme d’audience. Vita. Où sont passés les «… médias de Madagascar, de l’Océan Indien, d’Europe et tout autre pays… »  annoncés ??

Les médias locaux sont peu intéressés par le sujet, ou presque pas, supports partenaires mis à part. Rien à l’international. Presse rien. TV rien. Et pour le web, c’est le même grand vide. Newsmada mise à part (du groupe Ultima Média), il suffit de taper « lemur trophy » dans google news, pour constater l’étendue du problème : seules réponses proposées au 3 novembre, un article de l’Express de Madagascar du 28 octobre et un sur RFI le 3 octobre. Tous les autres articles datent du lancement presse, en février 2016.

 

Un coup d’épée dans le vide ?

On nous annonçait donc la nième recette miracle pour relancer le tourisme à Madagascar en chute libre d’année en année, stagnant au mieux autour des 250 000 visiteurs par an. Il semblerait que la déroute va être à la hauteur de l’attente : conséquente.

Un site web pas mise à jour, pas complet, au look peu valorisant… et conçu par une société Adweb Conseil… dont le propre site internet ne fonctionne pas.

Une page Facebook avec une dizaine de like ! La page événement sur Facebook, avec 1 participant ?! 1 intéressé ?! 0 partage ?!!

Cliquez sur l’image pour agrandir…

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Même pas un relais, ou suivie d’infos, sur le site du Ministère du Tourisme qui présentait le projet comme un atout fort pour faire connaître Madagascar dans le monde et attirer de nombreux touristes.

 

À l’aube de l’heure du bilan.

Reste deux jours au raid pour faire un bilan. On peut encore espérer que les résultats obtiendront une résonance, au moins, de principe. Les organisateurs parlent déjà d’un événement qui a pris son envol dans des circonstances difficiles. Changement de gouvernement, selon eux… et nous pouvons bien nous demander pourquoi ce jeu de chaises musicales gouvernementales aurait influé sur l’événement. Et ils citent également la Francophonie, alors que les datent étaient connues depuis longtemps et les cibles en terme d’audience publique, différente.

 

Le tourisme oui, mais Madagascar n’est pas une carte postale.

Bien évidemment, le propos n’est pas de mettre en cause l’initiative. Nous ne pouvons leur retirer le mérite de l’idée et leur volonté de l’inscrire dans un objectif louable de développement du tourisme à Madagascar.

Au-delà des soucis de communication ou d’organisation de grands évènements de ce type, il y a un vrai problème de fond autour de l’attractivité du pays et de ses présumés atouts. Madagascar est-il encore le pays des lémuriens et des baobabs ? Des lémuriens, il y a en maintenant dans les plus importants zoos européens. Un pays d’aventure ? De mésaventures politiques et d’insécurité, oui, certainement. De diversité de paysage ? Des milliers de kilomètres carrés brûlés par les feus de brousse et quasi désertique ou en voix de.

Et ce n’est pas en appelant Madagascar « l’île au trésor » avec un logo au design digne d’une mauvaise BD, qu’on changera l’image du pays au point d’en donner envie. Quand à la balade annuelle au Top Résa par une poignée de privilégiés officiels, elle n’est pas la panacée qu’on veut vient nous faire croire, au vu des résultats pitoyables du tourisme depuis des années, des gouvernements, des ministres.

 

Plutôt que d’accabler une initiative, une attitude devrait s’imposer : repenser de fond en comble le tourisme à Madagascar, prenant en compte l’intérêt vital qu’il peut avoir pour le pays et son développement rapide. Arrêter les petites idées aussi sympathiques paraissent-elles pour privilégier une refonte du secteur. Mettre en œuvre un grand chantier global, où tous les paramètres sont réétudiés en profondeur et sans tabou, pour être efficaces… et efficaces rapidement.

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