Amal Amélia Lakrafi En Marche! « sous voile » à Madagascar.

Amal Lakrafi à Madagascar

Amal Amélia Lakrafi, candidate La République En Marche ! (LREM) pour la 10e circonscription des Français de l’Étranger est arrivé à Madagascar pour un bref séjour de campagne du 27 au 30 mai. Deux objectifs à la clef : se faire connaître et gagner sa place de député face aux favoris présumés indéboulonnable Alain Marsault pour Les Républicains.

LREM : des candidats du renouveau ?

Après la brillante campagne du Prédisent Emmanuel Macron, la real politique semble reprendre ses droits, même dans le camp plein de bonnes intentions des aficionados d’En Marche!.
Le mouvement s’est construit sur une grande espérance mêlant probité, renouveau de la classe politique et ambitions pour la France et l’Europe. Ajoutons à cela une belle idée de rassemblement : ni à gauche ni à droite, on est gauche et droite réunie autour d’un projet. Une bonne dose de parité homme-femme par-dessus. Comme dit dans un célèbre film « jusqu’ici tout va bien ».

Si, au niveau présidentiel, l’élan semble suivi avec un gouvernement sur mesure, les premiers couacs apparaissent avec les investitures pour les législatives :

  • Nominations de personnalités qui affirment n’être ni candidats, ni au courant.
  • Parachutage en pétard mouillé de Gaspard Gantzer, ancien chef de la communication d’Hollande et copain de promo Léopard-Ségar-Sengor d’Emmanuel Macron à l’ENA de 2002 à 2004, dans l’Ille-et-Vilaine.
  • Mercato d’investitures avec le Modem : un premier lot de 40 circonscriptions gagnables attribuées à ce parti moribond ; son président, François Bayrou se fâche et en revendique une centaine, comme il aurait été convenu lors d’un accord avec Macron pour son ralliement à la présidentielle ; il en obtiendra finalement soixante-quatorze officiellement.
  • En Marche! avait affirmé le plein des candidats dans 577 circonscriptions. Ils affirmeront avoir reçu 14 000 ou 16 000 ou 19 000 ( !???) candidatures (le chiffre change suivant le responsable LREM qui en parle). Seules 522 sont officiellement investies, pour ménager la susceptibilité d’autres candidats jugés « macron-compatible ». On citera à ce propos l’étrange « je t’aime moi non plus » avec l’ex-Premier ministre Emmanuel Valls protégé par LREM, aux couleurs de LREM… mais pas LREM, façon Canada Dry (officiellement parce qu’il n’est pas adhérent LREM).
  • Investiture de Marielle Sarnez – vice-présidente du Modem – à Paris, alors qu’elle en est déjà à son quatrième mandat pour l’Union Européenne. Elle brigue donc un cinquième mandat d’élu. Rappelons qu’En Marche ! préconise un maximum de trois mandats pour les élus dans le cadre de la moralisation de la vie politique.
  • Autre couac fameux, celui de la 9e circonscription des Français de l’étranger avec l’abandon de la candidature de Leila Aïchi, adhérente Modem (sic !) . Cette autre tentative de parachutage par LREM, de la sénatrice de Paris (depuis octobre 2011, née à Beaumont-sur-Oise), a explosé au décollage face à la rébellion des comités En Marche ! du Maroc, Sénégal, etc. Ces propos sur le Front Polisario jugés mal à propos.
  • Le candidat Pierre Barré, de la 1er circonscription de la Haute Garonnne, investit alors qu’il a été condamné à une peine d’inéligibilité d’un an.
  • Et Amal Amélia Lakrafi, en mode pure parachutage… etc

Il y en a sûrement bien d’autres. Il faudrait faire une enquête fouillée pour chaque circonscription. Comme Natacha Jacquemard dans le Var, qui a préféré se présenter sous une étiquette Mouvement des progressistes, n’acceptant pas la nomination d’un candidat Modem par LREM dans son fief.

 

Le système des candidatures en ligne en cause.

Pour un parti nouveau, sans adhérent et avec une ambition présidentielle autour de leur leader Emmanuel Macron, le moyen le plus rapide d’obtenir des candidats pour toutes les circonscriptions était de faire un appel ouvert, via internet, rangé sous le drapeau du renouvellement de la classe politique en faisant appel à la société civile.
Problème : on le voit dans les exemples ci-dessus, le mouvement n’a pas pu céder à la voie des petits arrangements politico-politiciens pour ces investitures, créant au passage des frustrations évidentes pour ds milliers de candidats se voyant déjà mener campagne pour la députation. Beaucoup, conscients du temps très court de la campagne pour les législatives, ont été des soldats zélés de la présidentielle en macronphile passionnés et actifs.
Doit-on en penser que, pour En Marche!, jeune mouvement, il y avait là un excellent coup de communication pour mobiliser à bon compte une armée de volontaires bénévoles en faveur de leur meneur Emmanuel Macron ? Cela reste à réfléchir. L’initiative reste louable, mais le manque de transparence ou de cohérence, au niveau de la commission d’investiture dirigée par Jean-Paul Delevoye n’est pas très glorieuse.

Un million et demi de Français de l’étranger bien mal considérés.

Ils habitent hors de France. On leur colle rapidement une aura de mauvais canards déserteurs de la patrie pour les migrants parties à l’aventure ou de caste de privilégiés sur-payés pour les expatriés en mission au service d’une grande entreprise ou d’une administration.
Depuis deux élections, le monde a été divisé en 11 circonscriptions afin de leur donner une représentativité. Traditionnellement considérés comme à droite, car souvent cadre sup ou entrepreneur, ils représentaient surtout une manne de onze députés supplémentaires potentiellement acquis au monde Sarkoziste de l’époque.

Pour les 9è et 10è circonscription, on notera un bien étrange découpage puisque la neuvième contient les pays du Maghreb, du Sahara et des pays d’Afrique de l’ouest. La 10è, les pays d’Afrique Subsaharienne et de l’Océan Indien avec le Moyen-Orient… sauf Israël ! Aller comprendre comment des élus et des hauts fonctionnaires français sont arrivés à un pareil découpage ? Il faut avoir l’esprit bien machiavélique typique, parfois, des administrations françaises pour pondre un aussi compliqué résultat, à ce point éloigné de toute logique simple. Il aurait pu imaginer une circonscription Afrique et une du Moyen-Orient pour correspondre à des blocs géographiques. Ou, pour un rapprochement culturel, rassembler les pays autour de Méditerranée hors Europe, d’une part, le reste du continent africain de l’autre. Nous aurions réuni des espaces avec des problématiques similaires.

« Des députés pour vous, mais ceux qu’on veut. »

Pour les investitures aux législatives des Français de l’étranger, le parachutage semble être la règle. Ce qui dénote bien de la faible considération portée en réalité par les partis politiques. On les courtise, car leurs voies pèsent lourd en termes d’argent ces partis, remboursés par l’État dans le cadre du financement des partis politiques, mais, on ne va pas s’embêter avec « des parias » partis à l’autre bout du monde. On leur impose un candidat, genre celui que l’on aime bien, mais qu’on n’a pas su casé ailleurs.

Ainsi pour la 10è, celle de Madagascar, l’ex-UMP nous a mis sous tutelle d’Alain Marsault. Un ex-député de la Haute-Vienne, avec déjà trois mandats là-bas avant d’être parachuté chez nous en 2012. Soutien de Sarkozy à la primaire de 2016, retour d’ascenseur oblige, il briguerait donc, en favori, son quatrième mandat de député.

LREM ne failli pas à la règle en proposant Amal Amélia Lakrafi. Issue de la société civile certes, mais qui n’a jamais été résidente dans un pays étranger, en tout cas, jamais dans un des 49 pays de la 10è circonscription ! Elle cumule donc deux inconvénients : elle ne connaît pas la vie politique et à celle de l’Assemblée Nationale en particulier et ne connaît rien à la vie des Français de la circonscription, en dehors des rapports que certains lui font de la situation vue par leur situation personnelle. Une « connaissance de rapports » bien vite rédigés par ces partisans donc et une première découverte par cette petite tournée dans 4 pays en cours, passant par Madagascar après l’île Maurice avant de s’achever au Liban. C’est bien maigre, mais si elle a à sa disposition un débrief de la situation fait par En Marche! sur la base d’une enquête en ligne.

Il est à noter que la fonction de député des Français de l’étranger est essentiellement d’assurer une présence parisienne à l’Assemblée nationale, entrecoupé de quelques visites de principes dans les écoles françaises des pays de la circonscription. Histoire de faire bonne figure, ils se fendent d’un communiqué de bienséance en cas de souci de sécurité dans un des pays en question. Pas une loi en faveur des Français de l’étranger, pas un changement concret de leur situation et des nombreuses revendications majeures qui les concernent. La principale, la gratuité des frais de scolarité, est soigneusement évincée pour ne pas se pencher sur la question.

Amal Amélia Lakrafi, en droite ligne ?

C’est ce que l’on pourrait se demander. Son programme est calqué des déclarations généralistes d’En Marche ! Comme pour les autres, il manquent sérieusement de vécus et d’ambition pour les Français de l’étranger. Sa campagne se résume à une visite des quatre pays à la plus forte communauté de français de la circonscription. Et une campagne « digitale » comme on dit maintenant, qui ne semble pas décollée d’ailleurs.

A une interview dans le journal mauricien L’Express, elle sort quelques généralités, botte en touche quand la question est litigieuse et répond en à peine trois lignes quand le journaliste lui demande « Que savez-vous de l’île Maurice, hormis nos plages et notre hospitalité légendaire ? »

Elle affirme par ailleurs, que l’indemnisation des entrepreneurs devenue chômeur sera même valable pour les Français de l’étranger à Maurice par exemple ! Excès de zèle, démagogie ou très mauvaise connaissance du dossier ? Puisque, pour avoir une extension de l’assurance chômage, il faudrait d’abord qu’il y ait une indemnisation possible des chômeurs résident à l’étranger. Ce qui n’existe pas à l’heure actuelle.

Extrait de l’ITW de l’Express.mu :

Amal Amélia Lakrafi à l'île Maurice


En visite à Antsirabe, elle affirme que le ‘‘Notre programme est ambitieux ne laissant personne de côté. Nous aurons à cœur d’améliorer notamment le pouvoir d’achat de nos retraités ». Sachant qu’un des problèmes du programme Macron est que, justement, pour compenser les promesses, il compte augmenter la CSG et donc pénaliser les retraités directement impactés par cette hausse, on a bien du mal à la suivre.

Le programme Lakrafi.

Si l’on en croit son programme, il y a de quoi nourrir quelques inquiétudes. Beaucoup de flous et des interrogations.

  • « redéfinir les critères d’accès aux bourses scolaires » Ça veut dire quoi contrairement ? C’est vague et cela ne remet pas en cause le système scandaleux de sélection autour de ces bourses.
  • « Encourager l’autonomie de chaque établissement AEFE » ?? Et pourquoi ? Pour moins d’engagements de l’état, plus de frais et un enseignement plus éloigné de l’éducation nationale ??
  • « Accroître la responsabilité des parents d’élèves et des élus consulaires dans la gouvernance des établissements. » En voilà une mesure démagogique. Plus de responsabilités des parents d’élève et comment ?? Ils vont choisir les profs ? Les programmes ? Ou s’impliquer dans la gestion de l’établissement !? Pensez-vous que les consommateurs de Coca Cola seraient de bon gestionnaire de Coca Cola Company ? Ce n’est pas cela que les Français de l’étranger demandent. Ils veulent être impliqués, ni plus ni moins que des parents d’élèves en métropole. De toute façon, quand on parle de parent d’élèves, ce n’est pas monsieur et madame tout le monde qui va être consulté. Il faudra passer par les associations du genre qui défendent leur intérêt et leur vision. Ce ne sera pas forcément les vôtres. Quant aux conseillers consulaires ? Qu’est-ce qu’ils viennent faire là-dedans ?
  • « Augmenter le nombre d’enseignants recrutés locaux … » C’est pour faire des économies ? Qu’en est-il de la standardisation des contrats locaux par rapport aux enseignants détachés de l’éducation nationale ? L’Harmonisation des salaires ?
  • « Développer une part d’enseignement local… » Ce que souhaitent les Français de l’étranger, c’est de pouvoir bénéficier pleinement du programme de l’éducation nationale française. Que leurs enfants puissent avoir les mêmes chances que tous les jeunes enfants français. Pas d’un enseignement à la carte, décalée et qui finira par poser problème en cas de retour en France.

Concernant la fiscalité et une meilleure protection sociale, cela semble aller dans le bon sens, mais manque sérieusement de solutions concrètes : quel va être exactement le changement ?

Le reste est de la même trempe. De bonnes intentions imprécises. Quasiment tous ces prétendants députés font de même. À la fin, confère l’expérience de Marsault ces cinq dernières années : il n’y a eu aucun changement, aucune évolution, aucune loi… quelques positions de bonne convenance qui laissent un grand vide de député d’apparat.

Au-delà donc du mauvais découpage des circonscriptions, il faudrait une relecture complète du rôle des élus des Français de l’étranger avec un light motif : faire en sorte qu’ils soient des français comme les autres. Le parachutage dans cette optique est exclu. Il faut des élus français qui ont vécu dans les pays concernés et qui ont parfaitement conscience des problématiques propres les concernant. Des personnes qui ont vécu, dans leur chair, l’immigration. Qui savent ce que c’est que de payer des frais de scolarité lourds, qui entament sérieusement les revenus quand il faut les payer. 2 500 000 Ar pour un trimestre, c’est un tiers du salaire d’un cadre sup très bien rémunéré qui s’en va. C’est énorme. Et, à Madagascar, les frais sont parmi les moins chers.
Pas besoin de députés qui se dédouanent de leur devoir de permanence et de lien avec les électeurs, en choisissant un suppléant local juste par calcul électoral. Il faudrait une révolution dans la gestion politique des Français établis à l’étranger et il semble que ce n’est pas au programme de la candidate ou de son parti.

Les atouts Lakrafi.

Madame Lakrafi aurait de nombreux atouts. Un CV en béton, un très bon sens du relationnel, un œil professionnel sur les nouvelles technologies, de la motivation… un parcours dans la société civile d’entrepreneur,… et donc expression d’un renouveau.
On notera une belle détermination, car elle se lance dans une circonscription difficile à gagner pour elle, tant elle semble acquise à son principal compétiteur : Alain Marsault. Plus par acquis électoral de sa part, que par son action au cours de son mandat d’ailleurs.
Pourquoi LREM n’a pas trouvé de circonscription à Paris à cette pure Parisienne près de chez elle ? Faut croire que, pour l’île de France, les places sont chères et réservées à des personnalités reconnues ou aux petites accords électoraux.

Les électeurs feront leur choix, mais l’on ne s’étonnera pas d’une forte abstention une fois de plus. Pour plus de participation, il faudrait au moins donner aux Français de l’étranger plus d’espoir d’un vrai changement dans leur condition et des candidats qu’ils connaissent ou plus proche d’eux. On est sûr au moins d’une chose : si Marsault repasse, c’est cinq ans de plus pour rien à l’image de son mandat qui s’achève. Bonne chance donc à la représentante de la mouvance présidentielle française et bon séjour – très court – à Madagascar.

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