Le PM veut nous faire carburer au sucre

Le 18 mars, la primature annonce avec une certaine fierté vouloir relancer la filière sucre à Madagascar. « Les statuts de la Caisse Malgache de la Canne et du Sucre (CMCS) feront l’objet d’une refonte pour une meilleure optimisation de la filière Sucre » dit le communiqué. Le DirCab du PM et pas moins de trois ministres dans le coup : industrie, agriculture, commerce. Le but avoué n’est pas de donner du sucre aux Malgaches. L’objet convoité se cache sous le nom de « pétrole vert » : le bio-éthanol. Cette nouvelle ambition de grands projets ne risque-t-elle de rester un effet d’annonce supplémentaire ? Est-ce vraiment une bonne idée ?

La canne à sucre et Madagascar.

Rappelons que la culture de canne à sucre et sa transformation en sucre a été constatée en Chine quelque six cents ans avant Jésus-Christ. La plante sauvage n’existe plus et proviendrait de Nouvelle-Guinée. Avec 1,7 milliard de tonnes annuel produites (2015), elle est la première plante cultivée au monde. Les grands pays producteurs sont le Brésil, l’Inde, La Chine, la Thaïlande. Le Brésil et l’Inde représentent à eux seuls 50 % de la production mondiale. 740 millions de tonnes pour le pays du roi Pelé.

Madagascar produirait environ 1,6 million de tonnes de canne à sucre selon le CMCS. Soit prêt de 500 fois moins que le Brésil. Pour comparaison, l’île de La Réunion produit environ 1,9 million de tonnes avec deux usines sucrières. La Réunion produit environ 200 000 tonnes de sucres. L’île Maurice, le double. Le CMCS ambitionne 106 000 pour la campagne 2014-2015. La capacité totale des trois usines sucrières opérationnelles à Madagascar (Namakia, Ambilobe et Morondava) est de 109 000 tonnes de sucre.

67% de la production actuelle part à l’export. Et Madagascar importe toujours 80% de ces besoins en sucre. Allez comprendre. La Sirama gérait quatres usines. Dzamandzar à Nosy Be, et Brickaville sont à l’arrêt total. Ces deux grandes terres de cultures de la canne à sucre à Madagascar, ne sont plus que friches. Champs et savoir-faire se perd. Des litiges importants existent à Nosy Be notamment où les terres de la Sirama ont été annexées par d’anciens employés ou tout simplement revendues plus ou moins légalement au profit d’investisseurs immobiliers.

Le bilan n’est pas au mieux. Un triste tableau de plus pour illustrer le pays. Mais effectivement, peut-être un espoir.

Les mythes du Bioéthanol.

Le communiqué du PM fait un raccourci bien facile en citant le Brésil comme exemple pour la production d’éthanol. Ce grand pays couvrirait 22 % de ces besoins en carburant grâce à cette production toujours selon le communiqué de la primature. En fait, 80 % des voitures vendues au Brésil sont Flex-Fuel (elles peuvent fonctionner indifféremment à l’essence ou au bioéthanol). Plus de 50 % de la consommation de carburant est fournie par le bioéthanol. Ce biocarburant est une énergie renouvelable et s’inscrit donc la vision d’un développement durable. Jusque-là, tout va bien. Et effectivement, pourquoi ne pas lancer cette production à Madagascar qui dispose d’un climat presque idéal et des milliers d’hectares cultivables ?

Le premier souci est de taille. On n’arrive déjà pas à satisfaire nos besoins alimentaires, notre production agricole n’étant pas suffisante. Pourquoi voudriez-vous qu’on fasse des efforts pour planter de la canne à vocation de faire du carburant, plutôt que de soutenir une agriculture vivrière ? Mettre de l’énergie dans nos voitures est-il plus important que de faire manger les personnes qui pourraient les conduire ? Faire de l’électricité avec de l’éthanol, c’est bien. Mais si c’est pour éclairer une assiette vide.

Pour faire de l’éthanol, il faut d’abord du sucre. Au Brésil, les producteurs ont le choix : revendre du sucre ou faire de l’éthanol. Les dernières années, attendu le prix mondial du sucre, ils ont choisi ce dernier car plus rentable. Les dernières années, attendu le prix mondial du sucre, ils ont choisi ce dernier car plus rentable. En 2009 par exemple, le Brésil a connu une chute des ventes d’éthanol de 44 %.

L’ancienne île Bourbon s’est engagée dans un programme d’autonomie énergétique d’ici 2030. Parfaitement louable, et nous attendons d’ailleurs un plan sur le moyen terme pour faire de même à Madagascar.

Cependant, pour avoir de la canne à sucre en quantité et pouvoir produire : suffisamment de sucre, suffisamment d’éthanol, suffisamment de bagasse… Il va falloir restructurer complétement la filière canne sucre. Si des investisseurs chinois n’avaient pas repris Ambilobe et Morondava, nous n’aurions plus rien. Et ces usines sont loin d’être au niveau pour parvenir à être productives et assurer une production qualitative.

Une filière industrielle en bien mauvaise état.

La Sirama devait faire partie des grandes ventes de la dénationalisation commencée sous Ratsiraka. L’état n’est jamais parvenu à la vendre. Des investisseurs réunionnais et mauriciens étaient très intéressés. Cependant, les restes des usines ne valent plus rien : matériels obsolètes, en partie piller et pas entretenus depuis des années. Un des experts réunionnais qui ont participé à une évaluation du projet nous le confirme : les usines sont à raser et il faut en construire des neuves. Hors ce type d’installation se chiffre en dizaines de millions d’euros avec un retour sur investissement sur vingt ans minimum. Et une fois qu’on a l’usine flambant neuf en place, on n’a toujours pas un pied de canne en terre. Reste alors à cultiver les terres de manière moderne et industrielle pour arriver à des coûts de production et des seuils de rentabilité qui génère du profit. Et pour cela, il faut pouvoir sécuriser ces investissements sur le long terme. Et faire en sorte qu’à chaque nouveau gouvernement, il n’y ait plus de petits malins qui viennent frapper aux portes des grands investisseurs « au nom du peuple malagasy spolié » pour renégocier des contrats qui n’ont pas profité à ces nouveaux fonctionnaires, mais aux anciens.

Oui, Madagascar doit s’engager et soutenir fortement ses filières agricoles. Pour nourrir nos enfants qui d’ici 2050 devraient être 50 millions. Mais aussi pour l’export, les besoins de la planète se cessant d’augmenter pendant que les terres cultivables diminuent. Oui, la filière canne à sucre peut s’avérer être un bel atout pour notre économie. Mais, avons-nous les moyens de nos ambitions ? Où resterons-nous une fois de plus dans l’admiration de belles intentions ?

Pour se doter d’une agriculture moderne et puissante, il faut commencer par mettre au clair les problèmes du foncier ; favoriser les prêts bancaires par une monnaie et des gouvernements stables, de la croissance ; et arrêter de prendre les investisseurs étrangers pour des vaches à lait harcelés et sous menace constante par la corruption et la cupidité ; leur donner des droits, appuyés par une justice saine, en échange des devises et du savoir-faire qu’ils apportent.

 

 

 

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