Madagascar : la peau du shérif, but didn’t shoot no deputy.

Cette demande de déchéance du président de la République, et l’embarras constitutionnel qu’elle génère, ne pouvait pas rester sans conséquence. Déchoir un président est un acte grave. Le clan de la présidence pris au dépourvu, c’est rapidement camouflé derrière l’étonnement et une tentative d’invalider le vote des députés en prétextant la corruption. Problème : les convictions personnelles de tout un chacun ne constituent pas un argument juridique. Il faut prouver qu’il y a eu corruption.

L’interpellation médiatique de la députée Mapar.

Hier soir, la députée Mapar Lanto Rakotomanga a été interpellée sans ménagement dans sa voiture. Selon la police, un contrôle de routine. Pour rappel, un « contrôle de routine » à Madagascar, c’est : un policier ou gendarme (des fois deux), posté à un carrefour ou un rond-point, qui arrêtent le véhicule de leur choix pour un contrôle des papiers. Comme chacun sait, que le conducteur soit en règle ou pas, cela n’a aucune importance. Le principe est de pouvoir racketté l’automobiliste. Hier soir, pour contrôle de routine, Madame la Députée a eu droit, selon le député Rossy, à huit 4×4 composés des forces d’intervention d’élite. Mme Rakotomanga a invoqué son immunité. D’autres députés sont venus soutenir leur collègue. La police a dû faire usage de la force pour contraindre la fouille du véhicule. Devant la presse (déjà présente à une heure si tardive, autour de minuit ???), la police procéda à l’ouverture de cartons trouvés dans le coffre. 200 000 millions d’Ariary ont été trouvés en billet de 10 000 Ariary (selon la police).

Tout un chacun s’étonne ce jour de cette opération, car tout porte à croire que cette opération était parfaitement préparée et que la police était informée de ce qu’elle trouverait dans cette voiture précisément. En tout cas, si l’on en croit les faits reportés par la presse et observateurs ce matin.

La députée a été admise ce matin à l’hôpital pour des problèmes de respiration.

Que vaut la corruption avérée d’un député ?

Il faut au préalable souligner au profit du respect à la présomption d’innocence que, transporter une somme d’argent, même importante, ne veut pas dire qu’elle a été acquise illégalement. Par contre, dans l’affaire qui nous anime, si la présidence ou ses soutiens pouvaient prouver la corruption d’au moins un député et la mettre en rapport direct avec la demande de déchéance, cette motion de destitution ne pourrait plus être soutenue. L’ensemble du vote en serait entaché de suspicion.

Cette preuve de corruption, s’il est avéré que s’en est une, soutiendrait aux yeux de l’opinion que les députés sont tous corrompus. L’Assemblée s’en trouverait discréditée dans ces revendications. La présidence pouvant, de fait, se présenter en victime et redresseur de torts. Cela, donc, tomberait plutôt bien au bon moment.

Viva déchaîne les générations.

Nous avions connu sous Ravalomanana la fermeture de Viva sous prétexte de diffusion d’un reportage sur Didier Ratsiraka. Cette fois, un courrier du Ministre des Postes, des Télécommunications et des Nouvelles Technologies… et du Ministre de la Communication et des Relations avec les institutions, les sommes d’une mise en conformité de leurs infrastructures. Il est dit dans ce courrier que « cette chaîne ne dispose pas à l’heure actuelle des autorisations de diffusion nationale ». En conséquence, on demande à Viva d’interrompre ces diffusions radio et TV sur l’ensemble du territoire en dehors de la capitale et de l’accord qui la lie à CanalSat.

Nous rappelons que les députés se sont étonnés du traitement de l’actualité par la télévision nationale TVM et ont demandé un meilleur droit à l’information des citoyens malgaches. Viva a été fondé par Andry Rajoelina, à l’origine du Mapar dont les députés sont les plus engagés contre la présidence. Des rumeurs soupçonnent déjà l’ex-président de la Transition d’être à l’origine des 200 000 millions d’Ariary* trouvé dans la voiture de la Députée, laquelle somme aurait été transporté par celle-ci à des fins de déstabilisation du pouvoir.

Selon des responsables du Mapar, cette somme était destinée à rembourser les cautions que les candidats Mapar ont payé pour les communales.

Les troupes en ordre de bataille : 9 juin le jour le plus long.

« Messieurs les Anglais, tirez les premiers » aurait dit Cambronne à Waterloo. Le premier faux-pas entrainera probablement la chute du clan adverse, peut-on craindre que certains le supposent. D’un côté, la Présidence et le gouvernement mise en cause et en risque de déchéance. De l’autre, le Mapar et une partie des députés qui souhaitent faire tomber le shérif jugé illégitime. Chacun tient fermement à défendre ses positions et démontré la malveillance de l’autre.

Les députés annoncent ce jour le vote de la motion de censure contre le gouvernement et son PM. La HCC annonce qu’elle donnera, ce jour la proclamation d’une décision, par rapport à la motion de déchéance… et selon orange.mg « Les forces de l’ordre se réunissent actuellement au camp de la gendarmerie nationale à Andrefan’Ambohijanahary, Toby Ratsimandrava, dans le but de formuler une déclaration conjointe par rapport à la situation qui prévaut actuellement dans le pays.« 

Notons, que les revendications des étudiants de Vontovorona concernant les cinq mois de retard de paiement des bourses qui est en cours et aurait eu déjà 4 blessés par balle en caoutchouc ne va pas arranger le tableau.

Autrement dit, et malgré les appels aux calmes de la communauté internationale, le bras de fer est lancé. Le pays semble une fois de plus face à son Histoire. Le peuple ne semble pas prêt à se mobiliser, mais on n’est pas à l’abri de débordements motivés par le ras-le-bol et certainement orchestrés en coulisse. Espérons que la sérénité et le sens de la responsabilité, nous épargneront des journées tristes et peu glorieuses.

 

 

 

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