Code de la com’ : agir contre le mépris.

code de la communication à Madagascar : désobéissance civile

La HCC a enfin reçu le texte dit « code de la communication » pour validation. Oui, pour validation, la HCC ayant coutume d’aller dans le sens du pouvoir en place. Les patrons de presse semblent déjà s’y résigner. Ledit « Mouvement pour la liberté d’expression » s’est transformé en arrière-garde d’opposition politique qui rêve d’un soulèvement, mais ne mobilise pas.

Le pouvoir : mépris plutôt que concertation.

La présidence s’obstine à imposer ce code de la communication comme un défi à son autorité. Quelle urgence à vouloir l’imposer si vite ? Ce code va réduire la pauvreté ? Il va créer des emplois ? Il va empêcher la corruption ? Il va améliorer le quotidien difficile des Malgaches ? Il conditionne des lignes de crédits en attente auprès des bailleurs de fonds ? … non… rien de rien ! Juste un pouvoir qui se fige dans le mépris : journalistes, presses, lanceurs d’alerte, Reporter sans Frontière, journalistes francophones, etc. tous sont rejetés. Pas une inflexion de bon sens ou de bonne volonté. Pas une tentative de discussion. Le pouvoir s’enferme dans sa tour d’ivoire et fait preuve d’autoritarisme : exactement ce qui lui est reproché dans ce code.

Un « mouvement pour la liberté »… de renverser le pouvoir ?

De l’autre côté, l’intérêt du peuple ne semble pas plus animer la raison. Les patrons de presse et les journalistes se grattent le nombril en ne soulevant que les problèmes qui les concernent dans ce code. Résultat : le peuple ne suit pas. Quid de l’égalité de tous devant la loi, du manque de clarté de certains articles, ou de point de vue d’un autre âge comme l’interdiction tourner des films X (je vous l’accorde bien moins important, mais significatif)… Quid de ce CSA à la malgache aux intonations staliniennes qui obligent à un dépôt légal de la moindres photographie ou poème pour vérification et contrôle ! Seule la presse semble défendre son bout de gras sur le mode « laissez-nous tranquilles faire ce que l’on veut » vente cialis generique.

Côté politique, c’est l’opposition qui s’empare timidement de patate chaude pour demander la nième démission du président. Rien de moins. C’est d’ailleurs la seule proposition d’avenir de cette opposition face à l’exécutif : démission. À moins de deux ans de l’élection présidentielle, cela frise le ridicule voir l’irresponsabilité. Une obsession quasi maladive qui reflète la seule culture politique qu’ils connaissent : renverser un état comme seule façon de prendre le pouvoir. Quel débat de fond ? Quels essais d’expliquer au peuple les travers de ce code pour mobiliser ? Quelles propositions ?  Quelle vision ? … du vide. Un déprimant océan de vide.

Ce code… « parce que vous le voulez bien ».

Dans le fond, ce code de la communication liberticide arrange bien du monde parmi nos personnalités. Il n’y qu’à constater la fébrilité de nos députés dont seulement 18 d’entre eux ont eu le courage de voter. 151 étant mystérieusement occupés à des affaires plus pressantes. Pourrait-on parler de lâcheté ? Lâchons le mot tant que ce code n’est pas effectif.

Au vu de cette opposition, à ce point dans l’esquive quand il s’agit de lutter contre ce code dans l’hémicycle et si prompt à vouloir renverser le pouvoir au risque d’une nouvelle crise, la présidence a beau jeu de rester sourde face à ce cafouillage que l’opinion a bien du mal à suivre. Le débat de fond n’aura pas lieu. C’est le bras de fer entre deux monstres sourds. L’intérêt de la nation passe bien loin de leurs égos remontés.

Des solutions pour combattre ce code.

La voie du meilleur.

La première d’entre elle et la sagesse serait un geste du pouvoir, au nom de la réconciliation nationale et d’une leçon de démocratie à donner à ces détracteurs, en stoppant ce projet en vue d’un réexamen complet, détaillé et inclusif plus tard.

La difficulté est le timing : avant la francophonie, c’est trop court. Après, ce code deviendra un enjeu en vue de l’élection présidentielle. Mais, après tout, puisqu’il engage la façon dont le peuple veut communiquer, ce ne sera pas plus mal. Le président en sortirait plus fort, car plus proche de l’intérêt des tous ; les opposants faisant figure d’éternels rebelles.

 

La désobéissance civile.

C’est la voie du pire pour le pouvoir, mais elle s’est toujours montrée efficace face à l’autoritarisme. Tous les Grands Hommes de ce monde l’ont utilisé pour faire plier les pires régimes : Gandhi ou Nelson Mandela en on fait un quasi-mode de vie.

Gandhi

« Un acte public, non violent, décidé en conscience, mais politique, contraire à la loi, et accompli le plus souvent pour amener un changement dans la loi… » dit Rawls, un des théoriciens du genre.

Un exemple simple à mettre en œuvre dès la loi promulguée : tous les médias (presse, TV, radio, web…), les journalistes, les blogs et sites internet malgaches, et chaque citoyen malgache affiche un message clair qui est en infraction directe avec la loi et tout le monde le même message. Le pouvoir ne pourra pas arrêter tout le monde ni faire fermer tous les médias ou sites internet La moindre arrestation serait d’ailleurs extrêmement mal perçue. Elle agirait comme un catalyseur des revendications et n’en serait que plus mobilisatrice.

Einstein

Imaginons que chacun, même sur ses profils Facebook par exemple, affiche un message du genre « Hery Rajaonarmapionina est un voleur » (le message exact serait bien sûr à réfléchir plus murement pour en trouver un meilleur). Dans le cas présent l’insulte « voleur » faisant référence au vol de notre droit à communiquer. Mais, pris au premier degré, ce serait une diffamation publique incontestable qui tomberait sous le coup de la loi du fameux code de la communication. Tous les journaux afficheraient en gros ce message ; tous les journalistes le citeraient dans leurs articles ; toutes les télévisions l’afficheraient en permanence sur les écrans, ainsi que tous les sites web… chaque malgache concerné l’afficherait sur ces réseaux sociaux ; des tracts et des affiches avec le même message placées dans la rue et dans les lieux publics ; les radios diffusent le message régulièrement… Et ceux tant que la loi n’est pas retirée. Sans limites de temps.

Le sommet de la Francophonie qui approche et les élections présidentielles en ligne de mire, une telle action serait catastrophique pour l’image du président et aurait, sans nul doute, une résonance internationale.

Bien entendu, sorti de ce message, black out total sur l’action du président ou du gouvernement sauf pour souligner son éventuelle obstination, des arrestations ou tentatives d’intimidation.

Le président et le gouvernement en sortiraient par la petite porte, celle de la honte. Il n’aurait plus un soutien pour espérer pouvoir se représenter à la candidature suprême. L’effet serait donc garanti.

 

Bien entendu, nous n’en sommes pas là. Le propos n’est pas non plus d’encourager à de tels extrêmes. La réflexion est donc : de quelles alternatives disposons-nous pour défendre nos droits face un pouvoir sourd ?

 

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