BonMapartisme Jacobin : Rajoa sur un siège éjectable

Déchéance président madagascar

On est tous un peu abasourdi comme un lendemain de soirée trop arrosée, surpris par la puissance de l’alcool bu. C’est la confusion la plus totale. D’un côté, on se dit « il l’a bien cherché », de l’autre, on pense « quelle bande d’irresponsables ». Mais une question s’impose : « mais que va-t-on devenir ?« . C’est que nos politiciens nous, ont une fois de plus, démontrés leur créativité inépuisable en imposant l’improbable : la destitution du président de la République. Rien de moins !

Rajao au poteau.

Officiellement, 121 députés ont voté hier soir à l’issue d’un débat houleux qui a failli tourné au match de catch pour la déchéance de Hery Rajaonarmapionina. Si le jugement est sans appel. Il est toujours très difficile à cette heure d’avoir le texte exact voté par l’Assemblée nationale. Une opacité pas à l’honneur des députés qui s’insurgent sur la base d’un sentiment de négligence du chef de l’état à leur égard en particulier. Les prétextes glanés en vrac dans la presse nationale et internationale : non-respect de la séparation du pouvoir entre exécutif et législatif, non-respect du délai de promulgation des lois, ingérence dans les affaires de l’Assemblée nationale, obstacle à l’instauration d’une commission électorale indépendante, menace de dissolution de l’Assemblée nationale. Il est vrai que de l’affaire des 4×4 refusés aux députés à la menace de dissolution par le comité de la « réconciliation nationale », le président ne s’est pas vraiment conservé les bonnes cartes pour choyer son assemblée.

Mais comment en pouvait-il être autrement ?

Pour rappel, le président a été élu sur la croyance populaire qu’il représentait Andry Rajoelina. La première chose qu’il a faite en arrivant au pouvoir, c’est de lui tourner le dos jusqu’à remettre sur pied Ravalomanana. Ce même président a dû improviser la naissance d’un parti politique, le HVM, dès son arrivée au pouvoir. Pas de majorité en sa faveur à l’Assemblée nationale sauf à draguer l’opposition pro-ravalo. La Mapar en majorité (dissidences internes mises à part) devient de fait un parti d’opposition ! Une invraisemblable et intenable position. Il est toujours très difficile à cette heure d’avoir le texte exact voté par l’Assemblée nationale.

À qui profite le crime ?

Le Mapar ? Étrange silence d’Andry Rajoelina alors que Marc Ravalomanana tient la Une de l’info avec un retour en fanfare. Il est vrai qu’il n’est pas son habitude d’aller en première ligne préférant rester dans l’ombre jusqu’au jour où il peut apparaître en sauveur. Le Mapar a la haine contre ce président qui le considère comme une épine dans son pied. Et l’on en penserait pas moins à la place de ses membres. Que peut-il y gagner ? Des élections anticipées avec pour seul présidentiable de poids possible Andry Rajoelina lui-même. En effet, par la Constitution actuelle, Hery Rajaonarmapionina et Marc Ravalomanana ne pourront pas se présenter.

Le TIM ? Il est à noter que cette requête en déchéance arrive juste après que Marc Ra8 est remis les choses en place et dans l’ordre avec sa nomination en tant que président du TIM notamment. Il est quasiment blanchi, même si tout cela n’est pas très clair au niveau de la loi. Ce qu’il peut espérer est son rêve : la mise en place d’une assemblée constituante chargée de modifier la constitution au moins sur un point : pouvoir se représenter à une élection présidentielle. Sans ce passe-droit, il est condamné à envoyer sa femme au charbon pour assumer sa revanche dans l’ombre.

Le Premier Ministre ? Selon la Constitution de la quatrième République, en cas de déchéance du président de la République,  et le pays  n’ayant pas de Senat, le PM deviens de fait le chef d’Etat. Une incroyable ascension pour ce petit entrepreneur et ex-DG de la Seimad sorti d’un chapeau magique par Rajao qui, sans majorité et ne voulant pas nommer un PM Mapar, l’a propulsé au grade de Joker de la République. Mais de là à penser qu’il soit à l’origine de la machination ?? N’oublions pas que les principaux acteurs de cette demande de déchéance, le Mapar, ne le porte pas vraiment dans leur cœur.

 

Une déchéance ? Et alors ?

C’est peut-être la seule et vraie question. Qu’allons-nous devenir ? L’Ambassadeur des États-Unis l’a rappelé hier après-midi dans un message quasi-désespéré en appelant l’ensemble des leaders politiques malgaches à la raison, en faveur de la stabilité à Madagascar, seul gage de prospérité. Les hypothèses fusent déjà, mais nous savons qu’en matière de prédiction politique, dans notre pays, la fiction dépasse toujours la raison.
La patate chaude est désormais dans les mains de la Haute Court Constitutionnelle. Rappelons qu’elle n’a pas, en principe, le pouvoir de juger sur le fond, mais qu’elle doit rendre un point de vue éclairé sur la forme. Le vote des députés est-il valable du point de vue de la procédure ? Les reproches portés au président sont-ils fondés donc étayés par des faits juridiques ? La HCC est plutôt considérée proche du président. Il ne nous étonnerait pas d’ailleurs qu’elle botte en touche, se déclarant non-compétente ou quelque chose du genre.

Si elle dit oui, le président est déchu. Et s’engage alors une longue bataille entre les partisans d’une nouvelle constitution contre ceux qui penseront qu’il faut élire un président au plus vite. Dans les deux cas, cela va coûter une fortune au pays. Soit par l’attente et l’indécision qui risque d’amener aux troubles. Soit par l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle.

Si elle dit non, l’Assemblée nationale va crier au scandale et au non-respect de l’esprit démocratique argumentant que les députés sont élus par le peuple contre une HCC constituée de fonctionnaires nommées. Il y a donc de fortes chances que nos députés fassent appel au peuple pour renverser le pouvoir. Avec une fois de plus, les risques de troubles conséquents.

La démission ou l’armée ?

Dans ces circonstances, Rajaonarmapionina est coincé. La seule arme qui lui reste est la dissolution de l’Assemblée nationale. Mais avec un tel acte, il s’attirait les foudres des tenants de l’esprit démocrate : un président ne peut raisonnablement pas dissoudre une assemblée qui a voté une procédure de déchéance à son égard. Cela reviendrait à agir comme un condamné qui limogerait son juge ! Impensable ou maladroit.
Partir en bataille de procédure pour essayer de garder le pouvoir ? Autre impasse. Les députés sont allés trop loin. Ils ne lâcheront plus le morceau. Hery Rajaonarmapionina est donc condamné à un choix d’homme face à lui-même : garder le pouvoir et risquer d’être déchu donc déshonorer. Ou démissionner pour sauver la face.

Dans tous les cas, le résultat semble nous diriger tout droit vers le chaos. Quelle sera la réaction de l’armée qui, jusqu’ici a toujours refusé de mettre en place un directoire ? Le FFKM va-t-il une fois de plus tenter son ambition de prise du pouvoir ? Une transition-bis ? Que du noir dans ces avenirs potentiels. Mais ce qui est sûr, c’est que les vautours frétillent sur leur perchoir. La boite de Pandore* est ouverte.

 

* Boite de Pandore : Boîte contenant tous les maux de l’humanité et qui fut apportée et ouverte par Pandore. Parmi les cadeaux empoisonnés de la boîte de Pandore se trouvent notamment la Vieillesse, la Maladie, la Guerre, la Famine, la Misère, la Folie, le Vice, la Tromperie et la Passion (source wikipédia)

Note de la rédaction : le BonMapartisme et le Bonapartisme Jacobin.

Pour faire simple : Après la chute du Premier Empire, le bonapartisme subsiste chez une poignée de pamphlétaires et de fidèles. Sous les Cent-Jours, apparaît un bonapartisme jacobin, mêlant l’image d’Épinal du Petit Caporal aux souvenirs de la Révolution. Il peut s’accommoder d’une dictature temporaire « jusqu’à la paix ».  Parmi les thèmes caractéristiques de ce bonapartisme :

  • La mise en avant d’un retour aux dîmes et aux droits féodaux et à une remise en question de la vente des domaines nationaux comme thème de propagande et repoussoir ;
  • Une haine soupçonneuse à l’égard des nobles et des prêtres ; (à l’égard de Rava8 ou Hery et leurs partisans)
  • La défense de la liberté ; (révolution orange ?)
  • Le thème de la patrie en danger, se traduisant par de violentes invectives contre l’Europe des rois. (la rengaine de la souveraineté nationale)

D’aucun y verra les similitudes qu’ils souhaitent, en rapport avec les faits actuels et l’éternelle fascination de certains dirigeants historiques de Madagascar (anciens ou actuels) à l’égard de Napoléon.

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